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Une femme témoigne de ses règles douloureuses à la télé en 2003

Une femme témoigne de ses règles douloureuses à la télé en 2003

Jeudi 15 février, le Sénat examine une proposition de loi pour la mise en place d'un congé menstruel en France. Il doit notamment permettre aux personnes souffrant de douleurs de règles incapacitantes d'obtenir plus facilement un arrêt de travail. Les douleurs menstruelles : un sujet rarement évoqué à la télévision.

Par Florence Dartois - Publié le 18.05.2022 - Mis à jour le 15.02.2024
Témoignage sur les règles douloureuses - 2003 - 05:30 - vidéo
 

Plusieurs jours chaque mois, certaines femmes souffrent de règles douloureuses accompagnées d'une intense fatigue, de migraines, de nausées. Ces symptômes représentent un calvaire pour celles qui travaillent, mais est rarement pris en compte par les employeurs. Les souffrances liées aux règles sont souvent considérées comme normales, voire taboues. L’évocation de ces douleurs est rarissime dans nos archives et il faut attendre les années 1990 pour trouver des références.

L’archive en tête d’article est l’un des premiers témoignages diffusés à la télé sur les règles douloureuses. C’était dans l’émission de Sophie Davant, « C'est au programme », en janvier 2003. Ce jour-là, Muguette Missika, la soixantaine rayonnante, témoignait de sa vie à souffrir de règles très douloureuses, et ce, dès l'âge de 14 ans. L’animatrice précisait que dans son émission on pouvait parler de cette question « sans tabou et sans problème ». C’est dire le caractère exceptionnel de ce témoignage.

Un tabou tenace

La téléspectatrice avouait que 30 ans plus tôt, elle ne serait jamais venue évoquer ce sujet. Elle décrivait son « calvaire » avec des « douleurs intenses » qui duraient 2 ou 3 jours, des « barres abdominales, des douleurs aux reins », plaisantant sur le fait qu’elle n’avait heureusement pas de « mouvements d’humeurs » ou d’irritabilité. À ces maux s’ajoutaient « un état fébrile, une fatigue intense ». La sexagénaire évoquait les remèdes insensés qu’elle utilisait alors pour se soulager : les tisanes, la chaleur « d’un fer à repasser » !

Elle abordait la question de l'impact de cette situation très handicapante dans son travail, car elle aurait voulu rester « allongée au chaud » mais qu'il était difficile de s’absenter et d’en donner le motif à un employeur : « C'était des raisons taboues, comme jusqu’à présent d’ailleurs. Je ne pense pas qu’une femme puisse dire à son employeur " je vais m’absenter deux jours parce que j’ai mes règles ! " ».

Pour se soulager, elle prenait donc des comprimés « qui accentuaient le flux », puis la pilule qui atténuait les douleurs. Sa situation s’était encore accentuée avec la préménopause, une période où elle avait souffert d’endométriose, une maladie méconnue responsable « d'hémorragies et de douleurs amplifiées ».

À la fin de l’interview, Muguette Missika plaisantait avec l’animatrice sur les bienfaits de la ménopause. Le seul remède qui avait finalement mis un terme à son chemin de croix : « Patientez ! Vive la ménopause ! Et vous serez très bien à 60 ans », concluait-elle à l'intention de ses sœurs de souffrance.

Une souffrance banalisée

Quelques années plus tôt, en 1995, la question des règles douloureuses avait été évoquée dans « Matin bonheur ». Si l’on en juge par les réactions gênées des invités (masculins), et de l’animateur Olivier Minne, en lançant la rubrique, il était bien question d’un sujet tabou. Ce jour-là, pas de témoin, mais une journaliste - Florence Arnold-Richez - et un gynécologue habitué de la télé, David Elia. Le médecin venait présenter une enquête qu’il avait menée sur les règles douloureuses.

Dans l'archive ci-dessous, David Elia dit avoir été surpris par l’importance du nombre des réponses, mais surtout par la quantité de femmes de tous les âges qui continuaient « à avoir mal ces jours-là ».

Les règles douloureuses
1995 - 04:25 - vidéo

Pendant l’exposé du spécialiste, dans un plan large, la caméra surprenait les sourires entendus du présentateur et de ses invités, marquant une fois de plus une gêne certaine engendrée par le sujet. Imperturbable et passionné, David Elia décrivait les multiples symptômes associés aux règles douloureuses. Il reconnaissait l’impossibilité pour certaines femmes d’aller travailler ces jours-là, ajoutant « où on va travailler, mais avec un certain handicap ».

À l’époque, Alain Juppé préparait une réforme de la santé pour diminuer les dépenses de la Sécurité sociale et la journaliste en profitait pour demander ce que ces arrêts maladies coûtaient à l’organisme. Le médecin répondait avec beaucoup d’empathie que les femmes ne prenaient pas d’arrêts, « comme elles sont très courageuses, la plupart du temps, elles font avec, et considèrent que ça fait partie des misères du sexe féminin ». Son constat était simple : les femmes ne se soignaient pas, et plus d’une femme sur deux n’allait même pas consulter de médecin pour se soulager, attendant « que ça passe », alors qu’il existait des traitements.

Pire encore, il constatait que celles qui se traitaient le faisaient mal, prenant par exemple de l’aspirine qui augmentait pourtant les saignements. Il abordait ensuite les traitements efficaces comme la pilule contraceptive ou d’autres substances hormonales.

Pour l'instant, en France, le « congé menstruel » n'existe pas mais est expérimenté dans un certain nombre d'entreprises.

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