Le mystère de l'Estonia

Durant deux jours se déroule le procès civil du naufrage de l'Estonia. Le 28 septembre 1994, 852 personnes avaient péri en mer Baltique. 25 ans après les faits, les circonstances du drame restent toujours aussi floues...

C'est la pire catastrophe civile maritime en Europe et le plus important naufrage depuis le Titanic en 1912. Depuis Tallinn, le ferry Estonia devait rallier la capitale suédoise Stockholm avec 989 personnes à son bord. Le 28 septembre 1994, il coule au large des côtes finlandaises en pleine mer Baltique. En quelques minutes seulement, 852 personnes périssent dans la catastrophe dont un français.

C'est le début d'une enquête longue de 25 ans qui doit normalement trouver son épilogue ce week-end au tribunal de grande instance de Nanterre. 116 rescapés et ayants droit demandent réparation au certificateur français du bateau, Bureau Veritas, ainsi qu'au constructeur allemand du navire, Jos L. Meyer-Werft. A l'époque, les rescapés et familles de victimes seront rapidement indemnisés à hauteur de 130 millions d'euros par l'armateur estonien Eastline pour leur préjudice matériel. D'ailleurs, l'armateur ne sera pas au rang des défendeurs pendant le procès contrairement à Bureau Veritas et Meyer-Werft.

En 1994, quelques heures après le naufrage, le journal du 20 Heures de France 2 ouvrait son édition sur ce qui allait devenir l'une des plus grandes catastrophes maritimes de tout les temps. Alors que les circonstances du drame restent encore inconnues, un rescapé tentait tant bien que mal de décrire le naufrage : "Le bateau est resté penché pendant une demi-heure. Il y avait une panique incroyable. Quand les portes des ponts supérieurs ont été ouvertes, les passagers se sont précipités. Moi j'ai réussi à monter dans un radeau de sauvetage, on était seize." Un témoignage partagé par ce médecin : "La femme que j’ai soignée était dans sa cabine. Tout a commencé à se retourner lorsque le bateau a pris de la gîte. C’était la pagaille et la panique. C’était très difficile de progresser dans les escaliers alors que le bateau était incliné. Elle a réussi à sortir et à sauter dans l’eau." Des centaines de personnes périssent dans la catastrophe dont une majorité de suédois et d'estoniens.

"Il n'y a plus d'espoir, il n'y a plus que des cadavres qui flottent. Il y en a des dizaines."

                                                                                                Un pilote d'hélicoptère

Le ferry avait pourtant été contrôlé deux fois en 1994.

Après trois ans d'enquête, la cause du naufrage s'oriente alors vers une déficience du système de verrouillage de la porte escamotable de proue, qui a permis à l'eau de s'engouffrer sur le pont réservé aux voitures. Une hypothèse rejetée par certains rescapés et familles de victimes. Les autorités scandinaves vont même jusqu'à s'opposer au renflouement du bateau et le certificateur du bateau, Bureau Veritas, refuse une expertise judiciaire indépendante, ce qui ralentit l'affaire. Les thèses complotistes fleurissent parlant même d'une explosion à l'intérieur du navire... L'enquête piétine jusqu'en 2000...

Une exploration de l'épave de l'Estonia en septembre 2000 remet en cause la thèse officielle du naufrage.

Avec l'aide de l'aventurier américain Gregg Bemis, une plongée clandestine est organisée sur l'épave en 2000. Une voie d'eau est alors constatée mais cet incident n'est pas mentionnée dans l'enquête officielle. Lors du journal de France 3, Greeg Bemis, organisateur de l’expédition, y voyait même une tentative d'étouffement de l'affaire par les autorités : "Nous avons eu beaucoup de problèmes pour localiser l'Estonia. Nous pensons qu'on a essayé de nous bloquer le GPS. Nos téléphones satellites ne marchent pas non plus et pourtant c'est du matériel perfectionné. Nous pensons que c'est intentionnel." Une hypothèse contestée par un ex-membre de la commission Estonia, Keri Lehtola"A l'heure actuelle, il n'y a pas assez d'éléments pour justifier une réouverture de l'enquête."

Selon Maxime Cordier, l’un des avocats des 1116 rescapés et ayants droits, «Les indemnisations réclamées à Bureau Veritas ainsi qu’au constructeur allemand du navire, Meyer Werft» s’élèvent à la somme globale de 40,8 millions d’euros. L'Estonia est loin d'avoir livré tous ses secrets.

Jérémie Gapin

Rédaction Ina le 12/04/2019 à 14:26.
Dernière mise à jour le 12/04/2019 à 14:34.
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