La vie cachée des arbres

"Nous les Arbres" à la Fondation Cartier à Paris se fait l’écho des plus récentes recherches scientifiques qui portent sur les arbres un regard renouvelé. Pour l'occasion, ina.fr vous invite à plonger dans le monde secret des arbres. Un univers dévoilé par Peter Wohlleben, un forestier allemand, en 2017, dans son livre à succès La vie cachée des arbres.

En 2017, le livre de Peter Wohlleben, La vie cachée des arbres, remportait un succès mondial auprès des lecteurs. Dans ce livre, fruit de trente ans d'étude du comportement des arbres, il dévoilait un monde secret et fascinant, très peu étudié jusqu'alors, celui des forêts.

Peter Wohlleben, ingénieur-forestier expliquait que les arbres aimaient vivre en société, communiquer et échanger des informations, grâce à leurs racines. C'est aussi un monde solidaire qu'il livrait au lecteur, les arbres n'hésitant pas à s'envoyer des nutriments et à utiliser leur "mémoire" pour préserver leur espèce.

Avant de partir à la rencontre de cet amoureux des bois, découvrons un résumé de son propos, diffusé le 29 mars 2017, sur le plateau du 20h00 de France 2. Ce jour-là, Nicolas Châteauneuf, aidé d'une animation 3 D, résumait les grandes découvertes de ce livre et décrivait de manière très pédagogique la gamme des moyens de communication des arbres.

"Pour vous dévoiler leurs talents cachés, j'ai planté sur le plateau deux très beaux arbres. Il faut savoir que dans une forêt, quand deux arbres d'une même espèce se côtoient, ils se parlent, échangent des informations. Ils se parlent par leurs racines. Si on soulève ces arbres, on peut voir leur réseau racinaire très développé, dans lequel les impulsions électriques circulent à la vitesse d'un cm par heure. Alors oui, c'est un peu plus lent qu'internet mais ça marche ! Des études montrent que les arbres peuvent ainsi se prévenir d'une agression, par exemple."

Les arbres sont passés maîtres en la matière d'entraide… au-delà de la mort                                         

"Au sein d'une même espèce, sans exception. L'arbre de droite est en difficulté, ses feuilles jaunissent. Et bien celui de gauche va lui procurer des nutriments, de l'énergie, toujours par l'intermédiaire des racines. Pour certaines espèces, même si l'arbre malade finit par mourir, son compagnon va continuer à l'aider. Les arbres restent solidaires même au-delà de la mort."

Ce sont aussi des as de l'auto-défense...               

"Ils ont plusieurs bottes secrètes. D'abord, ils sont capables d'identifier leur agresseur. Une chenille, un insecte, une biche. Chacun a sa salive. L'arbre va l'identifier et adapter sa défense. Par exemple, si c'est une biche, ils envoient dans leur rameaux des tanins toxiques qui vont rendre les feuilles amères. Certains arbres peuvent même prévenir leurs voisins en diffusant des gaz tout autour d'eux."

Et les arbres savent aussi contrôler leur "démographie"!                            

"La leur et celles des autres ! Regardez ce tout jeune arbre. Si on le laissait faire, il pourrait gagner 50 cm par an. Mais ici sous la protection de son arbre mère, âgé de plusieurs centaines d'années, il va pousser beaucoup plus lentement. Pourquoi ? Parce qu'il ne reçoit que 3% de la lumière du soleil. Les rayons sont filtrés par le feuillage de son aîné."

Et toujours plus incroyable : les arbres possèdent une forme de mémoire

"Les arbres ont de la mémoire. Ils apprennent. Exemple : chaque jour, un hêtre adulte peut pomper dans le sol jusqu'à 500 litres d'eau pour nourrir ses branches et ses feuilles. En cas de sécheresse, il va souffrir, son écorce va se fendre, ses feuilles vont jaunir : il va être forcé de réduire sa consommation. Et bien ensuite, même quand l'eau reviendra en abondance, il se souviendra de cette épreuve et va modérer sa soif."

A la rencontre de Peter Wohlleben

Mai 2017Peter Wohlleben nous guide au cœur de la forêt où il étudie les arbres : "Dans cette forêt de hêtres on peut voir comment vivent les arbres depuis 4000 ans. C'est l'une des rares forêts primaires d'Allemagne."

Sur le chemin, il marque une pause près de trois chênes qui ont grandi ensemble et vivent enlacés. C'est grâce à ces "triplés" que le forestier a compris quelque chose de fondamental : "Les arbres forment des communautés. Ici c'est comme une petite famille, il est fort possible que ce soient des frères et sœurs."

Dans la forêt de hêtres, il poursuit : "les arbres sont capables de reconnaître avec la pointe de leurs racines si c'est leur progéniture. En fait, les mères hêtre reconnaissent leurs propres enfants. Elles les font grandir en leur donnant des substances nutritives comme si elles allaitaient."

Tout se passe sous nos pieds, sous un entrelacs de racines où le mot clé est solidarité.

"Ça c'est une souche d'arbre qui est encore en vie. Cela fait 200 ans que l'arbre est tombé mais l'arbre voisin continue à nourrir la souche par les racines… l'arbre donne sans aucune condition. C'est un être social, c'est comme de l'aide sociale. Celui qui ne va pas bien on s'occupe de lui jusqu'à ce qu'il aille mieux."

Les arbres communiquent à l'aide de substances chimiques, ils peuvent compter les jours plus chauds qui annoncent le printemps et donne le signal du bourgeonnement. Les arbres vivent et Peter Wohlleben aimerait qu'on les considère différemment : "Respecter les arbres c'est aussi nous respecter nous-même… Nous sommes la nature et quand on protège la nature on se protège d'abord nous-même, ce que beaucoup de gens ne comprennent pas."

Octobre 2017. Envoyé spécial part à la rencontre de Peter Wohlleben qui utilise la métaphore du couple amoureux pour parler de deux arbres solidaires l'un de l'autre : "Ils prennent soin l'un de l'autre et poussent de façon à ne pas se gêner. Ici les branches les plus hautes ne vont pas vers son ami mais dans la direction opposée, vers l'extérieur, comme s'il respectait l'espace de l'autre. Et au niveau des racines, à l'inverse, ils sont complément entrelacés, comme si ils ne formaient qu'un. Et si l'un des arbres venaient à tomber, l'autre mourait très vite ensuite. C'est comme un vieux couple qui a passé sa vie ensemble, celui qui reste n'a plus envie de vivre…"

Cette vision des arbres, Peter Wohlleben ne l'a pas toujours eu. Au départ, il les voyait comme un gagne-pain, mais un jour son chemin a croisé celui de randonneurs qui ont changé sa vision des arbres : "Peu à peu, j'ai appris à regarder les arbres" Il se met alors à explorer les 1200 ha de forêt dont il a la charge. Peter Wohlleben comprend que les arbres forment une société avec ses couples, ses amis et ses familles. Le forestier raconte comment les arbres-mères nourrissent leurs petits et exclusivement eux.

Il montre ensuite ce qu'il appelle "l'Internet" de la forêt, des filaments blancs, ce sont des champignons, il y en a partout dans la forêt. C'est ça qui relie les arbres entre eux et à travers ce réseau, ils échangent des informations qui leur permettent par exemple de de préparer en cas d'attaque." Une animation décrit ce phénomène d'auto-défense.

Le rêve de Peter Wohlleben serait de découvrir ce que les arbres se racontent quand ils se sentent bien.

Pour aller plus loin

D'autres extraits du magazine Envoyé spécial : Le monde secret des arbres. La sensibilité des arbres (26 octobre 2017); les bains de forêt du Japon (26 octobre 2017)

Playlist : De cause à effets, le magazine de l'environnement : Peter Wohlleben et Jacques Tassin sur la communication des arbres : langage, solidarité, la mémoire des arbres. (France culture, 12 mars 2017) 

Des arbres remarquables

Pays Salonnais : le platane de Lamanon Une légende affirme que Catherine de Médicis qui rendait visite à Nostradamus aurait planté ce platane de Lamanon, qu'on appelle sur place "la platane" une autre légende prétend qu'il aurait été planté pour la naissance de Honorat de Lamanon. Personne ne connaît l'âge du platane, mais on sait que c'est le premier platane planté sur une place en Provence. Le platane fait 40 mètres de diamètre, couvre au sol 1600 mètres carrés, 20 mètres de haut, n'a jamais été taillé aussi ses branches se sont développées en largeur. (Midi Méditerranée, 21 janvier 2000)

Les arbres remarquables de l'agglomération tourangelle. Au même titre que les châteaux et autres monuments historiques, certains arbres font partie de notre patrimoine. Sur les 8.200 hectares de forêt que compte l'agglomération tourangelle, la Société d'horticulture de Touraine a choisi de rendre hommage à certains de ces monuments naturels, et de les valoriser dans une plaquette de présentation. (12-13 Edition Centre, 21 août 2012) 

Les arbres remarquables des Côtes d'Armor (19-20 Edition Bretagne Pays de la Loire, 04 avril 2016) 

Ginkgos bilobas de St Sulpice Laurière (19 20 Edition Limousin, 06 août 2017) 

D'autres programmes sur les arbres

C'est mieux ensemble : la sylvo-thérapie. A la Vieille Loye, l'association des "Villages de la forêt de Chaux" organise des visites afin de faire connaître les arbres et leurs vertus. Découverte de la sylvo-thérapie que pratiquaient les druides. (30 avril 2004) 

David Lefort nous parle des forêts et des arbres notamment de cette capacité qu'ils ont à communiquer entre eux. Il donne l'exemple de l'acacia de la savane qui doit se défendre de la girafe en ajoutant du tanin dans ses feuilles et envoie en même temps un message à l'arbre voisin qui à son tour modifiera la composition de ses feuilles pour les rendre inconsommables. (20h00 de F2, 12 novembre 2013) 

Il était une forêt. Reportage consacré à la sortie au cinéma du documentaire "Il était une forêt" de Luc Jacquet. Le cinéaste a filmé les forêts vierges et primaires tropicales entre Congo et Pérou accompagné par le botaniste Francis Hallé (20h00 de F2, 12 novembre 2013) 

Grand Format : La mémoire végétale. La Grande Guerre a fait des millions de morts, elle a aussi détruit des milliers d'hectares de forêt. Aujourd'hui encore des arbres centenaires portent les stigmates de la guerre et constituent ainsi une mémoire végétale de cette période. (12-13 Edition Picardie, 26 décembre 2015) 

Florence Dartois

Rédaction Ina le 18/03/2019 à 17:21.
Dernière mise à jour le 08/07/2019 à 17:12.
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