La fatwa de Salman Rushdie

Un réalisme magique

Héraut d'un style littéraire que l'on pourrait qualifier de réalisme magique, Salman Rushdie a ceci de particulier qu'il agrémente ses textes empreints de réalisme d'un soupçon de mythe et une pincée de fantaisie. Mais n'allez pas croire que ce romancier est un doux rêveur. Non. C'est un engagé ! Et la fatwa lancée par l'ayatollah Khomeiny à son encontre en 1989, n'a fait que renforcer sa lutte pour la liberté d'expression.

Son premier succès

Né à Bombay le 19 juin 1947, Salman Rushdie quitte l'Inde à 14 ans pour vivre au Royaume-Uni. Après un premier essai de science-fiction passé inaperçu, l'écrivain accède à la notoriété en 1981 avec « Les enfants de minuit » pour lequel il recevra trois distinctions (James Tait Black Memorial Prize, le Booker Prize, et le meilleur Booker Prize de tous les temps). Mais pour le grand public, Salman Rushdie est l'auteur des sulfureux « Versets sataniques », publié en septembre 1988. Un livre qui lui attirera les foudres de la communauté musulmane intégriste et, en premier lieu, de l'ayatollah Khomeiny. Le guide spirituel de la révolution islamique en Iran n'hésite pas à lancer une fatwa (condamnation à mort) à l'encontre de l'écrivain dont la prose est jugée irrévérencieuse.

Le délit et ses conséquences

Mais quels écrits peuvent donc engendrer si importante sentence ? Dans les « Versets sataniques », Rushdie, qui est lui-même d'origine musulmane, prête au prophète Mahomed, au cours d'un rêve, des pensées qui ont choqué. Le livre est considéré blasphématoire envers l'islam. L'Inde, l'Afrique du sud, l'Indonésie, l'Egypte… interdisent la publication. L'ouvrage est brûlé en place publique. Des manifestations s'organisent en Inde, au Pakistan… Mais le coup de grâce tombe le 14 février 1989. Ce jour-là, une fatwa réclamant l'exécution de Rushdie est proclamée sur Radio Téhéran par le leader spirituel iranien. « Il est faux de dire que ce livre est un blasphème, dira l'écrivain. Et je doute que ceux qui me condamnent en aient lu une seule ligne. Se comporter ainsi revient à mépriser toute l'histoire de l'Islam. » Et ils sont nombreux les intellectuels à penser comme Rushdie que ceux qui veulent sa mort n'ont jamais ouvert le livre.

La fatwa : un levier politique pour Khomeiny

Mais peu importe ! En Grande-Bretagne, l'affaire est prise au sérieux. L'écrivain est condamné à l'exil intérieur et bénéficie de la protection de Scotland Yard. Il faut dire que cette condamnation à mort amalgame des considérations qui dépassent le simple outrage divin. Si la fatwa est un jugement - en l'occurrence d'exécution - c'est aussi une protection pour les musulmans zélés obéissant aux ordres de l'imam. Elle leur confère le statut de martyr. Par ailleurs, cette fatwa est aussi l'occasion pour l'ayatollah d'exporter sa révolution islamique. En perte d'influence depuis le marasme de la guerre Iran-Irak, Khomeiny compte bien s'appuyer sur le fanatisme d'un point de vue politique pour retrouver de sa superbe.

Dix ans de clandestinité

Alors pendant des années, Salman Rushdie vit reclus. Et sa manière à lui de lutter contre cette fatwa, c'est d'écrire et montrer que cette condamnation ne le stérilise pas. Après avoir échappé à une vingtaine de tentatives d'assassinats, l'écrivain sort de la clandestinité le 25 septembre 1998, dix ans après la publication des « Versets sataniques ». Le nouveau gouvernement iranien indiquant qu'il ne tenterait pas de faire appliquer le décret de feu Khomeiny.

Rédaction Ina le 12/02/2009 à 00:00.
Dernière mise à jour le 10/04/2015 à 17:16.
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