Jeux vidéo en 1993 : «C’était mon cauchemar, des sujets comme celui-là»

Sortie le 21 avril 1989, la Game Boy fête ses 30 ans. A l’époque, les médias s’inquiétaient déjà des dangers des jeux vidéo. Coup d’oeil dans le rétro avec Bertrand Amar, un des premiers chroniqueurs de jeux vidéo qui, à l'époque, s’agaçait de ce type de reportages. Journaliste et spécialiste du jeu vidéo, il a commencé sa carrière à la télévision chez Canal J en 1994, en animant plusieurs chroniques sur les jeux vidéo, dans l’émission Cajou puis dans le magazine Des Souris et des Roms. En 2018, il a lancé la chaîne de télévision ES1, la première dédiée à l’e-sport en France, où il y anime l’émission le Mag ES1 chaque semaine.

Dans cette archive de 1993, le jeu vidéo n’est pas montré à son avantage. On s’interrogeait déjà sur ses dangers potentiels. Quelle est votre réaction ?

Bertrand Amar : A l’époque, les adultes étaient complètement désemparés. Ils n’avaient aucun repère et ne savaient pas ce qu’était le jeu vidéo. On a toujours peur de ce qu’on ne connaît pas. Aujourd’hui, le jeu vidéo est là depuis plus de quarante ans et les parents ou les médecins ont grandi avec. Le jeu vidéo a beaucoup souffert de ce genre de reportages. Au début des années 1990, alors que j’étais déjà journaliste et producteur, c’était mon cauchemar quand il y avait des sujets comme ça, parce qu’il fallait que je sorte les rames pour redorer l’image du jeu vidéo. Aujourd’hui, j’adore ces archives. Elles m’énervaient à l’époque, mais maintenant je les adore. La bataille est gagnée et c’est drôle de se rappeler par où on est passé. Maintenant, des reportages comme celui-là, il n’y en a plus. Je pense que les médias ont compris que le jeu vidéo est un produit culturel au même titre que la littérature, le cinéma ou la musique. C’est même devenu un terrain d’expression artistique avec des personnes reconnues et récompensées dans le métier. Il y a une vraie reconnaissance.

Dans cette même vidéo, les mots du journaliste sont forts. Il décrit la petite fille présente dans le reportage comme étant Nintendo maniaque. Paradoxalement, il pouvait y avoir une addiction mais la Game Boy représentait aussi un réel lien social et familial. Les enfants jouaient ensemble. Aujourd’hui, on a l’impression que le jeu vidéo rassemble moins dans la même pièce.

On joue beaucoup moins seul qu’on ne jouait à l’époque puisque n’importe quelle console peut être connectée à Internet. On joue ensemble, mais en ligne. A l’époque, on devait se retrouver à deux sur le canapé pour jouer aux jeux vidéo. C’est quelque chose qui tend à disparaître pour deux raisons : l’émergence du jeu connecté et la puissance demandé par les jeux pour jouer à deux sur une même console.

La Game Boy a marqué toute une génération et a connu un énorme succès (Nintendo en a vendu 118 millions d’exemplaires). A quel point était-elle emblématique à sa sortie ?

Personnellement, la Game Boy, j’en garde un très bon souvenir. Dès mes premières émissions de télé, je chroniquais et je testais les jeux Game Boy. Je me souviens même avec émotion quand, à l’âge de 17 ans, je suis allé à l’hypermarché chercher ma console. Ensuite, c’est une console historique. S’il y a quelque chose qui me vient spontanément à l’esprit quand on pense à cette console, c’est le jeu Tetris. C’est le jeu qui a popularisé la Game Boy et inversement, la console a popularisé Tetris. C’est aussi avec ce jeu que l’on a pu jouer à deux en reliant deux consoles avec le câble Link. Nous avons ici les prémices du jeu en réseau.

Dans cette archive de 1992, on parlait de cette console au féminin. Mais alors on dit le Game Boy ou la Game Boy ?

Officiellement, c’est le Game Boy. Dans le mode d’emploi, Nintendo parle toujours du Game Boy au masculin. Sauf que je fais partie des défenseurs de la Game Boy, car pour moi c’est une console. Mais ça reste un vrai débat dans l’histoire du jeu vidéo. C’est d’ailleurs le seul débat car je pense que c’est une console qui fait l’unanimité. Elle est dans la mémoire collective, la plupart des parents actuels ont eu une Game Boy et sa popularité ne faiblit pas. C’est un objet de la pop culture.

Jérémie Gapin

Rédaction Ina le 20/04/2019 à 19:44.
Dernière mise à jour le 23/04/2019 à 09:53.
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