Ils racontent l'enfer de Verdun

Le 21 février 1916 débute la bataille de Verdun. Pendant plus de neuf mois, Français et Allemands vont se battre dans des conditions atroces pour un gain territorial finalement nul. Récit de la bataille à travers les témoignages d'anciens soldats, recueillis en 1995 dans l'émission L'Histoire en direct.

Le 21 février, à 07h15 du matin, un déluge de fer et de feu s'abat sur les positions françaises, au nord-est de Verdun. C’est le début de l’opération Gericht, l’une des seules offensives majeures menées par l’Allemagne sur le front occidental pendant la Première Guerre mondiale. Durant cette terrible journée, une concentration exceptionnelle et encore jamais vue de 1200 canons allemands va tirer près d'un million d'obus sur un front d’à peine cinq kilomètres.

Le pilonnage s'interrompt à 16h. Dans un paysage lunaire, atomisé, 60 000 soldats du général von Falkenhayn, le chef d'Etat-Major général, sortent de leurs tranchées et se lancent à l'attaque. En supériorité numérique, ils sont confiants dans la réussite de leur offensive. 

La défense française, dégarnie dans ce secteur du front, est abasourdie par ce déluge de feu. Pour mener à bien son projet de grande offensive sur la Somme, le général Joffre a ponctionné au cours des mois précédents les effectifs de la zone militaire de Verdun. Tant bien que mal, les soldats sortent de leurs tranchées et parviennent à certains endroits à ralentir les Allemands. Comme au bois des Caures, où le lieutenant-colonel Driant, à la tête de deux bataillons de chasseurs, freine l'ennemi. Mais il meurt sous la mitraille le lendemain et ses troupes sont décimées. 

En quelques jours, près de 20 000 soldats périssent. Le 26 février le général Pétain, à la tête de la IIe armée depuis juin 1915, est envoyé pour défendre coûte que coûte la ville.

« Des combats si durs qu’on souhaite en finir »

Malgré la défense efficace et acharnée mise en place par Pétain, remplacé le 1er mai par le général Nivelle, les Allemands continuent leurs attaques jusqu’au début de l’été, s’entêtant à vouloir prendre la ville. Un objectif qu’ils n’atteindront jamais.

Le 7 juin, les assaillants s’emparent du fort de Vaux après une résistance héroïque des Français. Les combats sont si durs dans cet enfer de boue, de sang et d’acier que les soldats s'abandonnent parfois à leur sort. Ainsi le soldat Pierre Rouquet se souvient avoir été « soulagé d’en finir » lorsqu'il se retrouve enseveli sous la boue après un bombardement.

La première utilisation du lance-flammes

Symbole de l'horreur des combats, le lance-flammes. C'est à Verdun que les Allemands l'utilisent pour la première fois, très vite suivis par les Français. Cette arme, la plus redoutée des soldats, ne laisse aucune chance à celui qui se trouve dans son axe. Les combats sont d'une grande sauvagerie, souvent au corps à corps. Le fusil reste peu utilisé, au contraire des petites bombes auxquelles les hommes ont largement recours, montant à chaque assaut « munis d’une musette de grenades ».

Quelques jours en enfer

Pour supporter l’horreur des combats et l’ampleur des pertes, le général Pétain instaure la rotation des troupes. L’immense majorité de l’armée va combattre à Verdun. Contrairement aux Allemands, les Français ne restent que pendant de courtes périodes au front, puis partent se reposer à l'arrière ou sont affectés dans d'autres zones.

Mais les hommes sont mal ravitaillés. Les quelques jours passés au combat sans manger, dans la puanteur des tranchées, mettent les hommes à l'épreuve. Ils ressentent un véritable calvaire.

« On ne revient pas toujours de la corvée de la soupe »

Car il est extrêmement difficile de ravitailler les premières lignes. Les soldats doivent partir à l’arrière et marcher plusieurs kilomètres sur le champ de bataille pour l’approvisionnement en soupe. C’est une mission délicate dont beaucoup ne reviennent pas. Des milliers de soldats sont ainsi morts, déchiquetés par les obus, portés disparus, à tel point que l’on retrouve encore aujourd'hui des restes humains sur ce qui fut le No Man's Land.

« Verdun ne fut pas une victoire française, mais une bataille »

Le commandement allemand jette ses dernières forces en juillet. Des centaines de kilomètres plus à l’ouest, Français et Anglais lancent au même moment une vaste offensive sur la Somme.

Devant l’échec de sa stratégie à Verdun, Von Falkenhayn démissionne. Les Français prennent l’initiative et parviennent entre fin octobre et début novembre à reprendre les forts de Vaux et de Douaumont. Le 21 décembre, ils ont reconquis les positions perdues.

Cette bataille pour quelques kilomètres de terrain aura été l’une des plus coûteuses en hommes de la Première Guerre mondiale. Au terme des neufs mois que durent les combats, les Français vont déplorer 163 000 morts et 216 000 blessés. Dans le camp allemand, tout aussi meurtri, on compte 143 000 morts et 196 000 blessés.

Si aucune partie ne peut clairement revendiquer la victoire, Verdun va durement affaiblir les deux armées. Falkenhayn a perdu son pari de « saigner à blanc l'armée française » et l'Allemagne comprend qu'elle a laissé passer une grande chance d'enfoncer le front occidental. Quant à l'armée française, elle a tenu le choc, mais reste durablement marquée par l'ampleur de ses pertes et le traumatisme des combats.

Cyrille Beyer

Rédaction Ina le 20/02/2018 à 11:39.
Dernière mise à jour le 18/02/2021 à 19:09.
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