Depuis les années 2000, les ours blancs broient du noir

A l'occasion de la journée mondiale de l'ours blanc, retour sur la prise de conscience de l'existence d'un lien entre réchauffement climatique et disparition de l'ursidé blanc. Un constat dressé dès le début des années 2000.

L'ours polaire est devenu le symbole du réchauffement climatique et de la fonte des glaces. La prise de conscience date pourtant du début des années 2000, mais depuis, le comportement des pays les plus pollueurs a peu évolué, malgré les alertes.

Ces images d'un ours affamé, à la recherche de nourriture, ont fait le tour du monde en décembre 2017, à la veille de la conférence sur le climat, qui allait se dérouler à Paris. Des images bouleversantes, symptomatiques du réchauffement climatique.

"Décharné, à l'agonie, la vidéo de son calvaire a fait le tour du monde. Cet ours polaire a été filmé par un photographe du National Geographic, au nord du Canada, sur l'île de Baffin, sur un paysage rocailleux, sans neige. Dans un dernier effort, il fouille une poubelle avant de s'allonger au sol. Il capitule."

Au fil des années, alors que la calotte polaire s'amenuise irrémédiablement, l'ours polaire, à la fourrure couleur de neige, est devenu bien malgré lui le symbole du réchauffement climatique.

Début 2000 : les chercheurs tirent la sonnette d'alarme

C'est au début des années 2000 que les JTs commencent à évoquer les difficultés des ours blancs. Dans ce reportage de 2002, une équipe de chercheurs investit la glace pour étudier les conséquences du réchauffement de la planète sur la banquise. Ils constatent qu'elle met en danger la vie des ours polaires : "La dislocation de la banquise qui survient chaque année de plus en plus tôt réduit la période de chasse de l'animal. Sa nourriture favorite, comme le phoque, se fait de plus en plus rare. L'ours polaire perd la graisse qui lui est indispensable pour passer l'hiver."

Sa survie est engagée comme le souligne Andy Durocher, spécialiste de l'Institut polaire norvégien : "Nous pensons que l'ours polaire est un bon indicateur pour comprendre ce qui se passe ici. Il y a d'autres espèces qui peuvent être touchées par le réchauffement ou la pollution mais l'ours polaire est plus facile à étudier parce qu'on peut retrouver le même animal sur une longue période. On peut le suivre pendant des années et avoir une bonne idée de ce qui pourrait se passer ici."

A l'époque, le seul outil pour combattre le réchauffement climatique était le traité de Kyoto dont l'objectif était de réduire les rejets des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Un engagement que n'avaient toujours pas pris, le Canada, la Russie et les Etats-Unis.

En 2005, trois associations environnementales dont Greenpeace tirent à nouveau la sonnette d'alarme sur les conditions de vie dégradées des ours polaires. Les ursidés ont disparu de 14% en dix ans.

Kurt Davis de Greenpeace constate que : "l'eau est de plus en plus sale et absorbe de plus en plus de chaleur. Les ours polaires ont besoin de glace solide pour aller chasser. Alors, quand elle fond, leur territoire de chasse diminue."

Dan Lashof, membre du Conseil de défense des ressources naturelles des Etats-Unis ajoute : "Nous devons agir maintenant pour diminuer la pollution afin de prévenir l'extinction de l'ours polaire. Sinon, le seul endroit où nous le verrons dans le futur, c'est dans les zoos ! "

 "L'humanité qui menace les ours polaires pourrait être sauvée par les ours polaires..."

En 2007, les scientifiques français assènent le même constat, sans que rien ne change. C'est le cas d'Hervé Le Treut, du laboratoire de météorologie dynamique du CNRS à l'Ecole Normale Supérieure. Depuis une quinzaine d'années, ses scénarios de montée des températures restent les mêmes. Ses modèles prévoient un réchauffement climatique de 6 degrés d'ici à 2100, si l'homme ne fait rien : "Ce changement survient par les régions arctiques. C'est là où le réchauffement est le plus fort avec la fonte le la banquise, d'un certain nombre de glaciers, le recul de l'enneigement et associé à cela, un relèvement du niveau de la mer qui est une conséquence à la fois du relèvement des températures mais aussi de la fonte de certains glaciers. Y compris du Groenland, ce qui est une surprise."

Hubert Reeves, le président de la ligue "Préservation de la biodiversité" insiste sur le fait que : "Toute la nature est en train de changer. On est en train de faire une expérience sur la Terre. Essayer de voir ce que ça fait d'augmenter la température et effectivement dans l'Arctique, on voit la glace fondre à grande vitesse. Les ours polaires qui ont besoin de glace et de banquise pour se nourrir, à mesure que cette glace fond, ils sont obligés de nager de plus en plus longtemps. Les ours polaires sont aujourd'hui menacés d'extinction. Et ce qui est intéressant, c'est que par un curieux retournement des choses, l'humanité qui menace les ours polaires pourrait être sauvée par les ours polaires. Parce que récemment aux Etats-Unis, le ministère de l'environnement a proposé de mettre les ours polaires sur la liste des animaux en danger, menacés d'extinction. Si c'est le cas, le gouvernement est obligé de faire quelque chose pour sauver les ours polaires donc de réduire les gaz à effet de serre. Et ce serait la première fois que le gouvernement serait obligé par des documents juridiques de réduire les effets de serre. Ce que les USA ont toujours refusé."

Le rendez-vous raté des USA

En 2008, les USA, les plus gros pollueurs de la planète, allaient, l'espérait-on, rejoindre le club des défenseurs de la planète. Le mouvement semblait effectivement s'enclencher lorsque les Etats-Unis reconnaissaient l'impact du réchauffement sur la survie des ours polaires et décidaient de le mettre sur la liste des animaux à protéger comme le confirmait ici Dirk Kemphorne, le secrétaire aux affaires intérieures des parcs nationaux. Une protection qui passait mal auprès des industries gazières et pétrolières de la région. Carroll Muffet de Greenpeace USA confirmait que cette menace resterait : "jusqu'à ce que notre gouvernement face quelque chose de significatif contre le gouvernement..."

Mais cette reconnaissance n'allait finalement pas être suivie d'actes comme le soulignait ce commentaire de conclusion du sujet JT : "Au contraire d'autres forages pétroliers et gaziers se préparent en Alaska…"

Vers l'irrémédiable disparition de l'ours blanc ?

En 2013, les USA n'ont pas tenu leurs promesses et l'ours polaire continue à décliner.  Rémy Marion, spécialiste des ours blancs l'affirme : "l'avenir de l'ours polaire est sombre. Désormais les spécialistes avancent les chiffres de 2/3 d'ours polaires disparus en 2050 à cause de la fonte des glaces. Rémy Marion a constaté ces changements : "Les images que je faisais il y a 25 ans, avec des gros ours, très costauds, très gras en octobre-novembre sur la côte est de la baie d'Hudson, je n'en vois plus. On voit bien qu'ils sont beaucoup plus réduits, ont moins de réserves… la glace de mer est indispensable dans la vie des ours polaires pour aller chercher sa nourriture, pour aller chercher le phoque. Sans glace, il ne peut pas manger."

A cela s'ajoute une autre menace que souligne ce sujet : c'est la chasse. Un ours polaire se monnaie 20 000 euros. A l'époque, 800 ours étaient tués, surtout au Canada : "La peau, les os peuvent être vendus. Certains pays comme la Russie et les Etats-Unis souhaitent interdire ce commerce." Les chercheurs quant à eux imaginaient des solutions : des déplacements de population, des largages de nourriture...

Trois ans plus tard, le pessimisme est plus que jamais de mise car : "2016 a été l'année la plus chaude jamais enregistrée, celle qui a vu fondre comme jamais la banquise. Des températures parfois 20 degrés plus chaudes que la norme en Arctique. On ne dénombre plus que 26 000 ours polaires. En 2050, 1/3 d'entre eux aura certainement disparu faute de nourriture. Le reportage montre ensuite une photo de 200 ours polaires agglutinés autour d'une baleine échouée, un prémice de ce que réserve le futur…"

D'après WWF, en 2018, la population des ours se situe entre 20 et 25 000 individus.

Portrait de l'ours polaire

L'ours blanc vit dans la région Arctique, en bordure sud de la banquise permanente tout autour du pôle. Les mâles peuvent mesurer de 3 à 3,50 m, quant aux femelles, leur envergure atteint : 2,10 m. Carnivore, il se nourrit principalement de phoques mais aussi poissons, morses et carcasses de baleines qu'il repère grâce à son odorat très développé à plusieurs kilomètres de distance. L'ours est particulièrement bien adapté à cet environnement rude de l'Arctique.

Sur son site, WWF souligne que : "Les ours blancs sont très bien adaptés au milieu arctique. Leur fourrure blanche les rend mimétiques, leurs oreilles de petite taille limitent la perte de chaleur et leurs larges pattes couvertes de poils, et légèrement palmées, leur permettent de marcher sur la neige fraîche sans s’enfoncer. Leur peau noire permet par ailleurs d'absorber la chaleur du soleil… Leur peau au lard épais, riche en énergie, permet de répondre aux besoins des femelles affamées qui doivent allaiter leurs oursons quand la nourriture se fait rare… La banquise est vitale aux ours polaires car c’est à la fois leur lieu de chasse, de repos et de reproduction. Or, à cause du réchauffement climatique, la surface de la banquise décroît d'environ 13,4% par décennie."  

Pour aller plus loin

Les ours polaires de Churchill. Cette ville canadienne fondée en 1717 assiste chaque année à une migration bien particulière, celle des ours blancs. Une cohabitation qui se passe bien et qui permet à la ville de vivre du tourisme. Ici, on ne tue pas les ours, on les respecte.

Des trains pas comme les autres : les ours polaires de Churchill. Reportage sur la cohabitation des ours polaires et des habitants de la ville de Churchill au Canada. (1987)        

En 1997, ce reportage du JT de France 2 dresse le portrait du "sheriff des ours" de Churchill, qui explique comment il contrôle la présence des ours qui n'ont pas peur de l'homme et sont très curieux. Il souligne qu'il ne faut pas les nourrir, ni laisser de la nourriture traîner pour que l'ours n'associe pas l'homme à la nourriture. 

Un tourisme qui était toujours en vogue en 2017.

Florence Dartois

                                                                                                                                                                                                                     

Rédaction Ina le 26/02/2019 à 16:14.
Dernière mise à jour le 25/02/2020 à 10:50.
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