De SAMO© à Basquiat, lorsque l'art transcende le désespoir

Mort à 27 ans, Jean-Michel Basquiat est une figure emblématique du néo-expressionnisme au style percutant. Retour en vidéos sur l'œuvre et la personnalité de cet écorché vif.

A 15 ans, sous le pseudo de "SAMO©" (pour "Same Old Shit"), il réalise des graffitis dans les rues de Brooklyn. Ses tags, reproduits sur des cartes postales, il les vend pour survivre. Ses oeuvres, il les jette sur tous les supports possibles trouvés au hasard des rues, tel ce frigo devenu célèbre.

Elodie Maillot s'entretient avec Stephen Torton, ancien assistant de Jean Michel Basquiat, et Al Diaz, ami d'enfance et co-auteur de SAMO©, la première signature de Basquiat, dans une voiture à New York.
Ils évoquent la mythique 3ème rue où Basquiat vivait et peignait, combien Basquiat représente New York, son goût pour les mélanges, même dans ses vêtements, son caractère à la fois ouvert et fermé. (Audio, 2013)

Très vite, on le remarque. C'est un immense coloriste. A l'époque, il peint sans répit, avec frénésie, et ses dessins lumineux sont emplis de vivacité.

Germano Celant, critique d'art, évoque le peintre Jean Michel Basquiat l'inventeur de la peinture de la "rue sexuelle". (Audio, 2003)

Son amie Tamra Davis insiste : "Pour toute chose, il voulait le maximum. Quand on sortait le soir c'était pour le meilleur film, le meilleur restau, le meilleur vin, danser dans la meilleure boîte..."

Quelques obsessions hantent l'artiste : l'anatomie - et les viscères - pour laquelle il se passionne depuis un accident de jeunesse, sa couronne de roi des peintres, son regard sur la ville ou les boxeurs noirs... Autant d'obsessions qu'on retrouvera sur l'ensemble de ses oeuvres.

Jean-Charles Castelbajac, son ami explique : "Il y a cette difficulté d'être qui chez lui est traduite par une sorte de travail spontané, rythmique, de l'ordre de la fulgurance, de l'éclatement, de l'éclaboussure."

A vingt ans, il devient une vedette des galeries de Manhattan. En huit ans, il invente la peinture-mur où transparaissent ses origines africaines et haïtiennes.

"J'ai grandi dans le désert culturel américain. Rien que la télé. Toute ma vie c'était aller à l'école et rentrer chez moi. J'ai dû quitter la maison. J'avais pas d'amis. Juste l'école et la maison. Dès que je sortais c'était pour picoler et balancer des bouteilles... et dessiner dans la rue."

Découverte de l'oeuvre du peintre grâce à une exposition organisée à Paris en 1996. 

C'est au début des années 1980 que Basquiat commence à se faire connaître en exposant ses toiles à New York. En 1983, il rencontre Andy Warhol. Warhol devient le passeport de Basquiat pour la célébrité Lui apporte une bouffée d'air frais à son mentor. C'est le jeune artiste qui va aller à la rencontre de Warhol en l'abordant dans un restaurant pour lui proposer ses cartes postales puis en se rendant dans l'atelier de l'artiste. Petit à petit, ils vont nouer une véritable amitié.

Ensemble, dans une émulation vivifiante, ils créeront une centaine de toiles. Basquiat représente d'ailleurs son ami sous la forme d'une banane, Brown Spots (Portraits of Andy Warhol as a Banana). Les deux artistes enrichissent mutuellement leur style, se défient jusqu'à totalement réinventer les frontières de l'art contemporain. Warhol dira de son ami qu'il était "un miroir reflétant ce qu'il a été, ce qu'il est et aurait rêvé d'être". Cet âge d'or s'achève en 1985, après qu'ils aient réalisé ensemble des toiles exposées à Zurich, mais qui seront très critiquées. Warhol sera même accusé d'exploiter et de "manipuler" son ami. Cela va marquer la fin de leur amitié sincère.

En 2013, Edward Nahem, galeriste à New York raconte en anglais (traduction simultanée) la rencontre entre Andy Warhol et Jean Michel Basquiat qui a été capitale pour tous les deux. (Audio)

La disparition d'Andy Warhol le 22 février 1987, va profondément affecter Basquiat. En perdant son Pygmalion, il va perdre son inspiration semble-t-il. Perdu, il vit en hermite et cesser de peindre. En 1988, après un an et demi d'absence, il expose à nouveau. Son exposition est un succès, mais l'artiste a des démons à vaincre et tente de se défaire de sa toxicomanie. Lorsqu'il rentre à New York le 2 août 1988, il déclare être guéri de son addiction.

Pierre Cornette de Saint Cyr, le commissaire-priseur de l'exposition Basquiat au musée Maillol en 1997, nous fait la visite et commente ces visage africain derrière se cache clairement la mort : "Il a tout transformé et il est mort! et bizarrement on savait qu'il allait mourir" (1997)

De fait, dix jours après la fin de sa dernière exposition triomphale, Jean-Michel Basquiat est retrouvé mort dans son appartement de Great Jones Street d'une overdose d'héroïne et de cocaïne.

À 27 ans, il laisse derrière lui une œuvre de plus de huit cents tableaux et mille cinq cents dessins. Une de ses toiles a été adjugée 110,5 millions de dollars en décembre 2017 par Sotheby's.

Pour aller plus loin

Exposition Basquiat au musée Maillol (1997)

Rédaction Ina le 12/10/2010 à 16:32.
Dernière mise à jour le 04/05/2021 à 17:23.
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