Brexit : To be or not to be... Européens

Crise sans précédent en Grande Bretagne, où l'opposition a gagné plusieurs manches pour empêcher un Brexit sans accord au 31 octobre. Le pays est plus divisé que jamais. En filigrane, se dessine la difficulté qu'à toujours eue ce pays à s'imaginer pleinement intégré dans une Europe politique.

Un retour historique en images nous rappelle en effet que les débats entre Londres et Bruxelles, mais aussi souvent avec la France et l’Allemagne, sont aussi vieux que l’adhésion de la Grande Bretagne à la CEE en 1973. Et cette politique s’appuie sur une longue histoire d’antagonismes entre l’Angleterre et les différents pays du continent, au premier rang desquels…la France, comme l’illustrent ces deux documents où historiens, étudiants, simples citoyens, évoquent les rapports ambivalents entre France et Angleterre. 

I. L’Angleterre, membre « à part » dès les débuts de son histoire communautaire

L’Angleterre rejoint la Communauté économique européenne en 1973, après deux veto du général de Gaulle en 1963 et 1967. Pour le Président français, nos voisins d’Outre-Manche se trouvaient trop proches des intérêts commerciaux et stratégiques américains. L’accession au pouvoir du conservateur Edward Heath et celle de Georges Pompidou en France permettent finalement l’adhésion britannique.

Retour sur cet épisode avec une vidéo de 1971 qui met l’accent sur le manque de motivation de la population et des syndicats et contraste avec la ferveur européenne des marchés et des milieux intellectuels.

Avec l’arrivée de Margaret Thatcher au pouvoir en 1979, les relations entre Londres et Bruxelles se compliquent, et aboutissent au fameux « I want my money back » de 1984. La Dame de Fer exige de récupérer une partie de la participation britannique au budget communautaire en prétextant du fait notamment que la France bénéficie beaucoup plus que l’Angleterre des subsides européennes au titre de la Politique agricole commune (PAC).

Les journalistes français se font alors écho les années suivantes des réticences et froideurs britanniques vis-à-vis de l’Europe.

Par exemple, en 1988, lorsque l’Angleterre décide de renoncer au programme Arianespace européen, se pose la question de savoir si « les Anglais sont vraiment des Européens ou une succursale des Etats-Unis » ?

A l’occasion des élections parlementaires européennes de 1989, un passant londonien rappelle que l’Angleterre est une île, « à côté de l’Europe ».

Les Britanniques ont du mal à se faire aux politiques européennes, même si un micro trottoir révèle un changement progressif de mentalité. A l’occasion de l’accord franco-allemand sur l’Union monétaire et après le refus de la Grande Bretagne d’endosser la charte sociale, l'Angleterre se retrouve isolée, une fois de plus, au grand dam des milieux industriels et financiers qui demandent à la Dame de Fer d’être moins rigide. A cette occasion William Leymergie raille quelque peu « l’oreille européenne de Margaret Thatcher qui entend mal ». 

A l’approche du traité de Maastricht, les débats en Angleterre montrent un soutien populaire pour le Premier ministre John Major qui prône une formule « à la carte ». Ce qu’il obtient puisque malgré la ratification du traité de Maastricht - prévoyant l’introduction de la monnaie unique – son pays ne participera à ce volet ambitieux de la politique communautaire.

Au milieu des années 1990, juste avant la victoire de Tony Blair qui va repositionner la place du pays au sein de l’Union européenne, Geopolis fait le point sur les 30 années européennes de la Grande Bretagne et sur le sentiment des Anglais vis-à-vis de cette union.

II. « L’Europe anglaise » des années 2000

Au tournant des années 2000, l’Angleterre refuse de rejoindre la monnaie unique en  vigueur sur le continent depuis 2002. Il est encore question de la défense des intérêts économiques anglais et du maintien de la souveraineté du pays vis-vis-vis de Bruxelles. 

En 2005, après le non français au référendum sur la constitution européenne, les difficultés allemandes engendrées par les réformes économiques du chancelier Schröder, l’Angleterre de Tony Blair apparaît comme le nouveau champion européen. Son modèle, la Troisième Voie, inspire les sociales démocraties européennes, Londres devient la capitale dynamique et à la mode qui attire les jeunes européens. Tony Blair de plus souhaite mettre son pays au cœur du système européen, tout en conservant les particularités obtenues par ses prédécesseurs. 

Alors qu’il prend la tête de la présidence tournante de l’Union européenne au 1er juillet 2005, Tony Blair entre dans un bras de fer avec Jacques Chirac à propos de la politique économique de l’Europe : L’Angleterre veut plus de libéralisme.

III. Vers le Brexit...

Avec  le déclenchement de la crise de la dette publique en 2009 qui s’abat sur l’Europe, la zone euro paraît fragilisée. Les dirigeants réagissent en 2011 en proposant une réforme des traités à laquelle s’oppose le Premier ministre britannique David Cameron. Les Européens signent donc sans la Grande Bretagne un traité intergouvernemental. L’Angleterre apparaît plus que jamais isolée sur la scène européenne : 

En 2012, un ministre sur trois et la majorité de la population britannique apparaissent eurosceptiques. Cette position convainc David Cameron de proposer un référendum sur le maintien du pays dans l’UE à l’horizon 2017. Cette question longtemps débattue dans l’histoire complexe entre l’Angleterre et le continent finit réellement par déboucher sur un Brexit. Le résultat du référendum du 23 juin 2016, s'il s'explique en grande partie pour des raisons électorales et sociétales, trouve donc également son origine dans cette relation difficile qu'a toujours entretenue la Grande-Bretagne avec les institutions européennes...  

Rédaction Ina le 17/02/2016 à 17:10.
Dernière mise à jour le 06/09/2019 à 10:23.
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