28 mars 1979, l'accident nucléaire de la centrale de Three Miles Island

Le 28 mars 1979, un accident nucléaire se produisait à la centrale nucléaire de Three Miles Island aux États-Unis. Cet accident a été classé au niveau 5 de l'échelle internationale des événements nucléaires. Retour sur les faits.

Three Miles Island est une centrale nucléaire située sur une petite île de la rivière Susquehanna, près de Harrisburg, dans l'État de Pennsylvanie aux États-Unis. Ce 28 mars, une série d'événements incontrôlables provoque un accident nucléaire grave qui aboutit à la fonte d'une partie du cœur du réacteur n° 2 de la centrale (TMI-2). Accident qui va provoquer une fuite radioactive dans l'atmosphère. Le lendemain de l'accident, Jean-Pierre Pernaud décrit les circonstances du drame telles qu'elles sont connues alors.

L'accident aurait été provoqué par "l'explosion d'une valve de l'une des pompes de réacteur". Ce dernier avait été installé en 1975. Des images aériennes montrent la centrale, le commentaire indique : "Il semble que le taux de radioactivité de cette vapeur dégagée soit supérieur aux taux admis dans l'enceinte et à l'extérieur de l'usine." Pourtant, le personnel est filmé sans protection particulière devant la centrale !

Seul le personnel de nuit, heure à laquelle s'est produit l'accident, aurait été contaminé. L'enquête se porte également sur le combustible qui pourrait être à l'origine de l'accident. Le commentateur souligne que l'alerte n'a été donnée que trois heures après l'accident, la fuite radioactive ayant été jugée comme "très minime."

Du risque minime à l'ordre d'évacuation

Mais l'accident n'a rien de minime. Deux jours après, les autorités américaines annoncent qu'il faut se préparer à l'évacuation de quatre comtés autour du site contaminé, soit "950 000 personnes".

Le 30 mars, une nouvelle fuite de "gaz rare" oblige le gouverneur à évacuer les femmes enceintes et les enfants dans un rayon de 8 kms et de fermer les écoles. Dominique Bromberger, correspondant aux USA, déclare que les habitants situés dans un rayon de 16 kms doivent rester calfeutrés chez eux et décrit la panique qui a gagné les habitants de Harrisburg. La tension est à son paroxysme comme le décrit si bien Roger Gicquel dans ce sujet du 30 mars. 

Le 31 avril, la situation se complique. Le gouverneur annule l'ordre d'évacuation des femmes et des enfants, alors que les mesures effectuées sur place indiquent que les habitants ont reçu, en une seule journée, autant de radiations qu'en un an.

Confusion générale

Les réacteurs sont toujours en surchauffe. Jean-Claude Bourret souligne que "c'est l'accident nucléaire le plus grave jamais survenu dans le monde." Sur place, Dominique Bromberger explique que la population est désemparée. Il interviewe des riverains de la centrale. Une mère de famille déclare : "Tout ça me préoccupe beaucoup. Je ne suis pas experte en la matière mais je sais que tout ça est inquiétant. Je veux partir loin de tout cela et oublier." Plus loin, des images de son reportage montrent du personnel en train de se faire inspecter au compteur Geiger, toujours sans autre protection qu'un casque sur la tête et en bras de chemise ou T shirt ! Quant à Dominique Bromberger, il apparaît en costume et nœud papillon à quelques centaines de mètres de la centrale !

Le même jour, France 2 propose une animation pour tenter d'expliquer le fonctionnement d'un réacteur et les causes de l'accident. En France, le commentaire explique qu'un tel accident ne serait pas possible…

Le 2 avril. Pour rassurer les Américains, le président Jimmy Carter et son épouse se rendent à la centrale et restent deux heures dans la salle de contrôle.

Jacques Ségui, le correspondant d'Antenne 2 se rend à Harrisburg et Middletown à la rencontre des habitants restés sur place: un groupe de rock, un conducteur à son volant, un avocat dans bar, le maire de la ville qui affirme que les plus démunis de ses concitoyens seraient évacués en cas de nouvelle alerte. Malgré les informations rassurantes, les gens ne veulent pas rentrer chez eux et tous restes méfiants. Pourtant, le lendemain, la plupart reviennent.

Tout va bien... Rentrez chez vous !

Le 6 avril, le président Carter fait un discours dans lequel il annonce la constitution d'une commission d'enquête. Il appelle les Américains à réagir avec raison car le pays ne peut pas se passer de l'énergie nucléaire qui fournit déjà 13% de l'électricité. 70 centrales fonctionnent alors et 93 sont en construction. Sur place, le robot Herman, "doté de pinces et de caméras" travaille à refroidir le cœur où tout humain périrait en trente secondes. 

Mais ce jour-là, les esprits s'apaisent déjà. Jacques Ségui se rend à Godsburrough, le village le plus proche de la centrale nucléaire. Il rencontre un fermier confiant qui va reprendre ses cultures et affirme : "on a la mémoire courte. On va continuer à vivre avec la centrale. La vie va reprendre son cours normal ". Le restaurateur du village mesure la radioactivité avec un dosimètre et rassure : "les radiations sont nulles, pas de danger ". Tout ce que les habitants veulent savoir c'est pourquoi l'accident s'est produit ?

Conclusions des enquêtes et conséquences de l'accident

Dès le 27 avril, un rapport français sur la sécurité des centrales nucléaires est rendu public. Deux experts français se sont rendus à Three Miles Island. Dans leurs conclusions, ils décrivent des défaillances techniques aggravées d'erreurs humaines. Pour François Kosciusko-Morizet les risques nucléaires sont très faibles en France, notamment parce que les centrales françaises n'utilisent pas la même technologie qu'aux USA et que le personnel est mieux formé.

L'enquête montrera que l'accident avait débuté par la perte d’étanchéité de l’enceinte du circuit d’eau primaire (deuxième barrière de protection). C'est en fait une vanne de décharge du pressuriseur qui s'était bloquée en position ouverte. Puis une suite de manœuvres inappropriées avait stoppé le refroidissement du cœur, ce qui avait entraîné la fusion d’une partie du combustible (perte de la première barrière de protection). Heureusement, le confinement, lui, avait tenu et empêché une trop grande quantité de rejets radioactifs.

Un an et demi après l'accident, des caméras pénètrent dans l'enceinte du réacteur en grande partie détruite, des milliers de litres d'eau radioactive sont toujours à l'intérieur...

Quand six ans plus tard, il a été possible de pénétrer dans le coeur, une caméra introduite dans la cuve a montré qu’une partie significative du combustible avait fondu mais qu’il n’avait pas traversé la cuve, le corium s’est stratifié en fond de cuve sans provoquer d’explosion de vapeur. On avait évité un accident gravissime.

D'autres archives...

Un jour : Accident nucléaire à la centrale de Three Miles Island. Emission de Marcel Jullian  (France Inter, 18 février 1986)

Salle des fêtes : Michael Douglas à Cannes à propos du film Le syndrome chinois sorti au même moment que l'accident de Three Mile Island. (26 mai 1979) 

Three Mile Island, 32 ans après. En 2011, après l'accident de Fukushima, un journaliste de l'AFP se rend à Harrisburg. Sur place les habitants se souviennent très bien de l'accident, certains, devenus militants anti-nucléaire, collectent des informations sur les conséquences sanitaires de cet accident. Un habitant explique que les travaux de décontamination se sont poursuivis jusqu'en 1993. Il explique que vu l'ampleur de la catastrophe de Fukushima, il faudra des générations pour nettoyer la radioactivité. (Reportage AFP du 18 mars 2011) 

Pour aller plus loin

La France nucléaire avant 1974

Les débuts de l'ère atomique. La peur d’une pénurie de pétrole relance la course à l’atome timidement engagée au début des années 50 par le Général de Gaulle : création du centre de retraitement du plutonium de Marcoule, du Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) à Saclay, construction de six centrales (sites du Buget, de Saint Laurent et de Chinon). (Article)

En 1958, le général de Gaulle découvre les installations de Marcoule et s’extasie devant la pile G2.

"Avoine EDF1", près de Chinon, est la première centrale à sortir de terre et à prendre le relais des usines hydroélectriques.

En 1966, le petit bourg de Pierrelatte se transforme en une ville de 20 000 habitants, dynamisée par le premier centre d’Europe de séparation des isotopes de l’uranium. Elle fournira de l’uranium 235 presque pur. Georges Pompidou visite les installations de Cadarrache en 1966.

L’état du nucléaire en 1973. Étonnamment, l’atome devient un concurrent potentiel du pétrole et fait chuter ses prix de moitié. Le nucléaire moins compétitif est mis de côté pour quelques temps.

D'autres articles sur le sujet du nucléaire et de l'atome

Le nucléaire en France, une menace ? Avec 58 réacteurs répartis sur 19 sites, le parc nucléaire français est le deuxième au monde. Il fournit environ 75% de l'électricité du pays. Mais ces installations vieillissent et il n'est pas rare que des incidents ou fissures se déclarent. Retour sur les installations nucléaires françaises. (Article)

Présidents français et nucléaire Présidents français et politique nucléaire : lancement du tout nucléaire, réflexions sur le bien fondé de cette politique énergétique, gestion de crises nucléaires (Tchernobyl, Fukushima), sécurité nucléaire etc. (Article)

Nucléaire: risques sanitaires et prévention, Après Fukushima, le monde s'interroge : quels effets ont sur la santé les radiations ? Et surtout quelles sont les mesures à prendre pour s'en protéger ? Des questions déjà formulées par le passé. Analyses et éléments de réponses en vidéos. (Article)

La bombe A française, le 27 janvier 1996, la France procédait à son dernier essai nucléaire sur l’atoll de Fangataufa en Polynésie française. Elle signera le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires le 24 septembre de la même année. Retour en vidéos sur ces 35 ans de politique nucléaire militaire de la France et sur ses conséquences sanitaires .

France: souvenir de Tchernobyl (Article)

La centrale de Fessenheim (Résultats de recherche)

Les essais nucléaires en Polynésie, entre le 13 Juin 1995 et le 25 mars 1996. La France reprit des essais nucléaires en Polynésie, dans l'Atoll de Mururoa. Retour sur cette période qui suscita une violente polémique internationale et de nombreux heurts sur place. (Article)

Le site d’enfouissement de déchets radioactifs de Bure (Article)

Florence Dartois

Rédaction Ina le 21/03/2019 à 11:59.
Dernière mise à jour le 21/03/2019 à 18:02.
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