2003, lorsque les Martinets se suicidaient à cause de la canicule

Les animaux souffrent comme nous des grosses chaleurs et pour certains oiseaux, elle a des conséquences dramatiques. Lors de la canicule de 2003, la Ligue de Protection des Oiseaux alertait sur le suicide massif des Martinets en Alsace !

Avec la canicule, nos organismes sont mis à mal, mais pour les Martinets, la chaleur est mortelle. Pourquoi ? Parce que les nids, placés sous les toitures, les poutres ou les tuiles des toitures des maisons deviennent de véritables étuves et des pièges mortels. Conséquence : les oisillons Martinets, souffrant de la chaleur, se jettent dans le vide.

"Lorsqu'il fait très, très chaud, ils ne tiennent pas la température et ils fuient.

Dans ce reportage, nous suivons Béryl Roth, vice-présidente de la Ligue de protection des oiseaux en Alsace. Elle recueille ces oisillons "suicidaires" le temps de leur développement, pour leur épargner un tragique destin. Ces oiseaux protégés passent seulement trois mois en Alsace, à la belle saison, mais voilà, les fortes chaleurs leur laissent peu de chances de survie.

Béryl raconte : "Lorsqu'il fait très, très chaud, ils ne tiennent pas la température et ils fuient. Il fait cinquante degrés, au plus, en dessous et si ce n'est pas très aéré alors ils se jettent en dehors du nid et ils atterrissent ici, dans la rue ou sur le trottoir."

Le commentaire ajoute : "Les oisillons sont alors brûlés par le macadam, mangés par les chiens ou les chats. Au mieux, des passants les ramassent. C'est à ce moment que Béryl Roth intervient. Elle les recueille dans son refuge et les nourrit le temps de leur développement."

La vice-présidente de la LPO remarque que le temps se modifie : "Ce qu'on a remarqué ces deux dernières années, c'est qu'on a eu ces canicules très tôt, début juin et donc, ils sont vraiment très petits. Là, vous les voyez, ils sont encore assez développés, mais on en a eu un qui n'avait pas de plumes ! Il était comme une petite tortue."

L'année précédente Béryl avait sauvé une cinquantaine d'oiseaux. En 2003, elle en surveillait une dizaine. Ces bébés à plumes allaient occuper les bénévoles de la LPO tout l'été, jusqu'à leur envol à la fin de l'été.

"On sait, d'après leur comportement, quand ils veulent partir, parce qu'ils refusent de manger. Ils battent des ailes, ils refusent de manger, pour le départ en Afrique. Ils ne pensent qu'à une chose, c'est de voler et de partir."

"Et sous la pluie, ils ne peuvent pas prendre leur envol. Drôles d'oiseaux ces Martinets !"

2015, toujours plus de Martinets en danger !

Douze ans plus tard, en 2015, les bénévoles de la LPO d'Alsace constataient une augmentation du nombre de Martinets en détresse. Pour les sauver, plusieurs d'entre eux se relayaient pour les nourrir. Un travail de Titan car le nourrissage, c'est 4 à 6 fois par jour, selon une technique bien particulière.

Josette Harlé, de la LPO de Rosenwiller explique qu'il ne se nourrit pas comme les autres en picorant mais qu'il "ouvre le bec très largement en récupérant en l'air tout ce qu'il peut rassembler comme insectes volants : mouches, moucherons, moustiques."

La nourriture qu'on leur sert est à base de grillons congelés, accompagnés de produits vitaminés qu'on leur enfourne au fond du bec.

Elle poursuit : "quand il tombe, il est incapable de voler et les parents ne nourrissent pas un Martinet tombé à terre. Ils le laissent car ils ont des pattes trop courtes pour redécoller."

En un mois, la LPO avait déjà récupéré 300 oisillons mais Christian Braün, directeur du centre de de Rosenwiller, avertissait de ne pas s'improviser soigneur : "il ne faut pas les nourrir. Il y a hélas des cas où des oiseaux ont été perdus car ils ont été nourris avec de la  banane, des fruits, des tournesols. Ça ne convient absolument pas et ces oiseaux sont difficilement récupérables. Alors qu'autrement, c'est un taux de réussite qui approche les 100%, à part en cas de blessure bien-sûr."

"Après une semaine, à un mois de soins, les Martinets pourront reprendre leur envol. Cet oiseau migrateur aux ailes fuselées est un phénomène de la nature, il passera sa vie en vol et sauf incident ne posera plus jamais une patte au sol."

Florence Dartois

Rédaction Ina le 24/07/2019 à 15:29.
Dernière mise à jour le 24/07/2019 à 15:45.
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