1989, lorsque Philippe de Villiers appelait à déboulonner les statues

Philippe de Villiers déclarait le 24 juin dernier, laisser le déboulonnage des statues “aux fils spirituels de Robespierre”. En 1989, à l'occasion du Bicentenaire de la Révolution française, l'homme politique tenait un tout autre propos…

Ces propos, Philippe de Villiers les a tenus le 24 juin dernier, dans un entretien accordé au Point, alors qu'il évoquait les actions antiracistes qui se propagent depuis les manifestations contre les violences policières et le racisme.

Dans l'émission Apostrophes du 30 juin 1989, dont le thème était, Demain on prend la Bastille, Bernard Pivot reçoit des écrivains et hommes politiques de différentes tendances, pour évoquer la commémoration du bicentenaire de la Révolution française. Parmi eux, Philippe de Villiers, auteur d'un ouvrage intitulé Lettre aux coupeurs de tête et aux menteurs du bicentenaire.

Au cours du débat, l'homme politique commence par s'insurger contre les livres d'histoire selon lui "des livres de propagande" silencieux sur des milliers de victimes. Il demande "qu'ils ne passent pas par pertes et profits les milliers et les milliers de victimes". Il lance ensuite un appel au Président de la République pour qu'il saisisse l'occasion de cette commémoration pour "décrocher et déboulonner les statues de tous les criminels contre l'humanité dont les crimes sont imprescriptibles : Robespierre, Marat, Saint-Just, Turreau, Carrier".

L'un des invités, l'historien Claude Mazauric lui rappelle son opposition à la construction d'une stèle à l'effigie du jeune Joseph Barra, soldat républicain assassiné par les Chouans royalistes, à 14 ans, le 7 décembre 1793 "alors qu'il allait faire boire les chevaux du général qui le commandait".

Claude Mazauric s'énerve et glisse à son attention "vous êtes quand même un drôle de coco…" Ce à quoi Philippe de Villiers rétorque visiblement irrité "restez correct. Pas de terrorisme s'il vous plait ! Ici nous sommes dans un climat de civilités".

Philippe de Villiers reprend son propos, rappelant que "l'insurrection vendéenne est une insurrection populaire, spontanée qui s'est faite au nom de la liberté de conscience après une guerre civile atroce". S'en suit une prise de bec entre les deux hommes à propos des dates du massacre de Machecoul, en mars 1793 [l'un des premiers événements de la guerre de Vendée].

Philippe de Villiers s'adresse alors à Daniel Bensaid, auteur de Moi la Révolution", sur l'un des derniers massacres de la guerre de Vend, orchestré par la Convention. Interpellant enfin Jean-Noël Jeanneney, président de la commission du Bicentenaire, il le somme de faire référence aux 16 000 guillotinés et 35 000 autres victimes de la Révolution française estimant que l'histoire de l'Europe ne pourrait se faire avec "une mémoire tronquée".

Jean-Noël Jeanneney répond à Philippe de Villiers, en soulignant dans un premier temps que François-Joseph Westermann, le général de brigade de la Révolution a été considéré comme un criminel de guerre pour ces faits, et exécuté". Puis il donne son point de vue d'historien sur la portée de cet anniversaire, "Moi ce qui m'intéresse dans cette commémoration, ce n'est pas cela. C'est de dire qu'il s'agit de comprendre comment un certain nombre d’enchaînements, de refus, d'intolérance - et la papauté, en refusant les Droits de l'Homme - a pu jouer son rôle parmi d'autres. Il faut expliquer cet enchaînement qui a abouti, effectivement, à des violences atroces. C'est pourquoi je souhaite vivement que les progrès dans l'avenir se passent sans cette violence-là". Il ajoute, "Une fois que l'on dit cela, il ne s'agit pas de célébrer cela. Il ne s'agit pas non plus de le dissimuler. Là où je ne vous suis pas, c'est que vous ne cessez pas de répéter qu'on cache, qu'on dissimule. Qu'on est un menteur du Bicentenaire. C'est très facile de dire ici, deux siècles après, de dire que l'on regrette infiniment comme vous. Qui ici ne regrette pas que des crimes affreux aient été commis dans cette convulsion nationale ? On peut le dire aussi bien des dragonnades sous la Monarchie".

Philippe de Villiers glisse subrepticement, "on cache la mort pour ne pas gâcher la fête". Ce que conteste Jean-Noël Jeanneney, "Ça a été une rupture parce qu'il a fallu imposer contre des forces puissantes, qui refusaient cette modification, imposer les idées nouvelles et ça a été terrible". Philippe de Villiers lui reproche de "justifier la Terreur". Jean-Noël Jeanneney s'insurge, "mais pas un instant ! Je déplore infiniment que ces morts soient arrivées mais j'attache autant de compassion aux morts de la Terreur blanche, tués dans les prisons après Thermidor que ceux qui ont été tués dans les massacres de septembre".

Dans un brouhaha, Philippe de Villiers termine en citant Benjamin Constant, "A vouloir justifier l'injustifiable, on risque de donner des armes à ceux qui calomnient ce qui est légitime".

Rédaction Ina le 29/06/2020 à 16:55.
Dernière mise à jour le 29/06/2020 à 17:03.
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