1989, Daniel Cordier rappelle son engagement auprès de Jean Moulin

Un hommage national est rendu aux Invalides, ce jeudi, à Daniel Cordier, ancien résistant et secrétaire de Jean Moulin pendant l’Occupation, mort le 20 novembre, à l'âge de 100 ans. En 1989, invité de l'émission Apostrophes, il évoquait son engagement dans la Résistance et son travail auprès de Jean Moulin.

Le 3 novembre 1989, Bernard Pivot invite sur le plateau d’Apostrophes Daniel Cordier, alors inconnu du grand public, qui vient de publier les deux premiers tomes de sa monumentale biographie du chef de la Résistance française, Jean Moulin, l’inconnu du Panthéon. Comme le rappelle Bernard Pivot en préambule de son interview, cette publication suscite alors quelques remous dans le milieu des historiens et des acteurs de la Résistance. Le contentieux principal entre certains des compagnons de la Libération qui ont côtoyé Jean Moulin remonte en réalité à 1973.

Cette année-là, le résistant Henri Frenay, qui fut pendant la guerre le chef du mouvement Combat, écrivait dans ses mémoires La nuit finira un réquisitoire contre Jean Moulin, mettant en doute ses compétences et ses sympathies politiques, qu’il qualifiait de « crypto communistes ». Des accusations qu’il réitérait en 1977 dans l’émission Les dossiers de l’écran. Daniel Cordier, qui prenait vigoureusement la défense de l’intégrité de Jean Moulin, se voyait rabaissé et humilié en direct par Henri Frenay ce dernier lui rappelant son statut de subalterne de Jean Moulin : « Vous ne saviez rien, vous n’étiez que l’intendance ».

C’est donc pour racheter l’honneur de Jean Moulin, tout comme le sien, que Daniel Cordier entreprend patiemment pendant des années un travail d’historien qui donne lieu aux trois tomes de la biographie de Jean Moulin, un inconnu au Panthéon (le troisième tome paraît en 1993).

Face à Bernard Pivot et à ses invités, Daniel Cordier raconte sa participation, dès les premiers instants, à la Résistance. Âgé de 19 ans lorsque éclate la guerre, il est « monarchiste », « d’extrême droite », lecteur assidu de Charles Maurras, dont il lit notamment les articles parus juste avant la guerre. Ces écrits mettent en garde la France contre les velléités de certains hommes politiques du gouvernement de rechercher l’armistice avec l’Allemagne. Pour le jeune Daniel Cordier, c’est inacceptable. « Il faut se battre jusque à la victoire », sinon les Français seront « perdus ».

Il rejoint le général de Gaulle à Londres en compagnie de « seize jeunes volontaires ». A son arrivée en Angleterre, il « fait ses classes » pour apprendre le métier de soldat. Avide d’action, il se porte volontaire pour « n’importe quelle mission, pour faire n’importe quoi n’importe où, pourvu qu’on se batte ». Il est recruté par le Bureau central de renseignements et d'action (BCRA), le service de renseignement de la France Libre), où il apprend le métier de membre de commando.

Le 26 juillet 1942, Daniel Cordier entre enfin en action. Il est parachuté à Montluçon, dans l’Allier, et y rencontre le « chef des agents de la France Libre », Jean Moulin. Une confiance s’installe vite entre les deux hommes, malgré leurs différences politiques. Le jeune Cordier, âgé en 1942 de 22 ans, à la formation monarchiste et maurrassienne devient le secrétaire de Jean Moulin, ancien haut fonctionnaire de 43 ans aux idées socialistes.

A son service, Daniel Cordier prend une part essentielle au travail édifié par la Résistance. Une implication « au premier rang » qu'il prend soin de rappeler, pour mettre fin aux critiques qui le cantonnent dans un second rôle. 

Ses missions sont complexes : « Conserver toutes les liaisons, à l’intérieur de la zone libre entre les mouvements et les service » et les « mouvements entre la zone libre et la zone occupée ». La tâche la « plus périlleuse » consiste à conserver « le service radio entre la zone libre et l’Angleterre ».

A la Libération, Daniel Cordier va embrasser une carrière de peintre et de marchant d’art et ne mentionne plus son passé de Résistant. Une attitude tout en réserve par rapport aux événements de la Seconde Guerre mondiale qui explique peut-être, selon lui, les polémiques dont il a été l’objet : « Je n’ai pas fait de carrière mondaine sur les cadavres de mes camarades ».

Transformé par l’expérience de la Résistance, il tire alors un trait définitif sur ses premiers attachements politiques d'extrême droite et fonde en 1956, aux côtés de Stéphane Hessel, le club Jean Moulin, un mouvement de gauche.

Un attachement aux valeurs progressistes qu’il conservera toute sa vie. Pour son 100e anniversaire, le 20 août dernier, Daniel Cordier recevait un appel téléphonique d’Emmanuel Macron. Le président voulait le remercier « pour l'exemple donné » durant la guerre et après.

Rédaction Ina le 20/11/2020 à 19:46.
Dernière mise à jour le 26/11/2020 à 14:07.
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