1973 : dans les coulisses du film "Les noces rouges" de Claude Chabrol

En février 1973, Claude Chabrol termine le tournage de son dernier film Les noces rouges, un film sulfureux, qui sortira quelques mois plus tard après un report inattendu... Entrons dans les coulisses du tournage en compagnie du réalisateur et de ses acteurs et découvrons ce qui rend ce film si spécial dans la filmographie du cinéaste...

En février 1973, Claude Chabrol tourne Les noces rouges dans L'Indre. L'intrigue, inspirée en grande partie d'un fait-divers, se déroule dans la bourgeoisie provinciale, un univers qu'affectionne particulièrement le cinéaste.

Le synopsis

Paul (Claude Piéplu) est un député-maire totalement investi dans les relations publiques. Sa femme, Lucienne (Stéphane Audran), le trompe avec son adjoint, Pierre (Michel Piccoli). Pierre est marié à Clotilde (Clotilde Maury), gravement malade. Le couple d'amants décide d'assassiner leurs conjoints respectifs… Tout irait bien si la fille de Lucienne ne décide de dénoncer les coupables à la police...

Le pitch raconté par le réalisateur et les acteurs

Claude Chabrol : "C'est deux êtres qui sont mal mariés chacun de leur côté et qui décident de supprimer leur conjoint…"

Michel Piccoli : "Les faits-divers ce sont des tragédies épouvantables que l'on ridiculise un peu."

Claude Piéplu : "C'est une histoire quotidienne."

Stéphane Audran : "Je suis mariée à Claude Piéplu qui est député-maire et je suis la maîtresse de son adjoint."

Claude Chabrol : "Ils décident de supprimer le mari qui est d'ailleurs lui-même un vilain coco…"

Michel Piccoli : "En fait, ce que veut montrer Chabrol, c'est que les gens sont capables des pires atrocités, sans songer à fuir, sans songer à quitter leurs vies"...

Le choix d'un lieu de tournage

Le tournage se déroule dans l'Indre et Claude Chabrol explique l'importance du choix d'un lieu de tournage pour mener à bien une intrigue sociale.

"Moi ce qui me passionne surtout, c'est lorsque je construis une histoire. C'est de voir dans quelle région elle peut se dérouler. Parce que il y a des choses qui se passent dans un endroit et qui ne se passerait pas dans une autre, c'est ça qui m'intéresse. Si on veut faire un film sur une bourgeoisie un peu austère, il est certain qu'il ne faut pas aller à Clermont-Ferrand. Il vaut mieux aller à Lyon ou à Bordeaux, vous voyez et ne pas aller à Marseille. Si on veut faire une histoire de gangsters, il vaut mieux aller à Marseille qu'à Lille."

Claude Chabrol, l'épicurien… même en tournage !

Son autre critère pour le choix d'une région est plutôt surprenant. Il se fait en fonction des ressources gastronomiques de la région, ce qui est aussi "social", s'il ne veut pas que ses équipes se rebellent…  En conclusion de ses propos, il déguste un verre de vin gris qu'il trouve délicieux.

Dialogue entre des spectatrices et Claude Chabrol

Le 27 avril 1973, après la sortie du film en salles, des téléspectatrices dialoguent avec Claude Chabrol à propos du film dans l'émission Aujourd'hui madame.

Au cours de ce débat, Claude Chabrol revient sur le fait que son film ait été interdit de sortie car il aurait été trop inspiré de l'affaire des amants de Bourganeuf. Il explique qu'il ne s'est pas complètement inspiré de ce fait-divers creusois mais qu'il a utilisé un élément de cette affaire, à savoir, le fait que la fille de l'accusée avait écrit à la justice pour innocenter sa mère (ce qui a eu l'effet inverse). L'affaire qui avait été jugée a été inopinément rouverte après un pourvoi en cassation, pile au moment où le film devait sortir. On lui a alors recommandé de retarder sa sortie.

Les téléspectatrices discutent ensuite avec lui à propos des scènes qu'elles ont aimé ou celles qui les ont choquées. A une spectatrice qui trouve que Piccoli ne convenait pas pour ce rôle, le réalisateur lui répond que Michel Piccoli avait lui-même choisi le rôle de l'amant pour la "bestialité du personnage" qui l'intéressait. Il poursuit : "Ce sont des gens qui croient vivre un amour romantique, alors que pas du tout, ils vont coucher dans les bois…"

Ils échangent ensuite autour du crime et de la culpabilité, puis autour du jeu des personnages dans les scènes d'amour ou de la scène de la crise de nerf de Stéphane Audran (une scène qu'elle n'a pu tourner qu'une seule fois).

Claude chabrol avoue ensuite aimer critiquer ce milieu bourgeois qu'il connait bien et qu'il n'aime pas car : "c'est un milieu très égoïste." Le cinéaste revient également sur son choix de la province comme lieu de l'intrigue : "C'est un monde très agréable mais clos…", que ses personnages n'ont jamais pensé à quitter."

Rédaction Ina le 08/02/2019 à 16:03.
Dernière mise à jour le 14/02/2019 à 16:03.
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