1970, l'histoire de la basilique du Sacré-Cœur à Montmartre

Mardi 13 octobre, la commission régionale du patrimoine et de l’architecture d’Île-de-France a voté l’inscription aux monuments historiques du Sacré-Cœur, ce qui n'était pas le cas jusqu'alors. Un oubli qui s'explique peut-être par l'histoire mouvementée de l'édifice.

"Pour le voyageur qui survole Paris, pour l'étranger qui parvient dans la capitale, la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre est l'un des monuments qu'il découvre en premier. Il domine la ville de ses dômes, ses coupoles et peut être aperçue presque partout. Bien que son architecture ait été fort critiquée, on ne peut nier aujourd'hui qu'il ne se soit intégré au paysage parisien ou l'idée de la construction par souscription nationale d'une basilique dédiée au Sacré-Cœur en témoignage de contrition et d'espoir, fut lancée par un Lyonnais, Alexandre le Gentil, après le désastre de 1870".

Ce court documentaire diffusé le 7 mai 1970 dans l'émission Histoires de Paris revient sur l'histoire du Sacré-Cœur et retrace les grandes étapes de la construction de la Basilique sur la butte Montmartre à Paris, durant l'après-guerre de 1870. Essentiellement composé de gravures et photographies d'époque, il comporte également de quelques plans contemporains.

"On choisit pour l'élever le sommet de la colline Montmartre, où le christianisme avait pris naissance en Gaule, dans le sang des premiers martyrs. Bénie par l'archevêque de Paris, approuvée officiellement par le pape, déclarée d'utilité publique par 244 voix de majorité à l'Assemblée nationale, le projet ne tarde pas à prendre corps. Dès la fin de janvier 1874, un concours est ouvert à tous les architectes et 78 projets sont déposés. Bien qu'aucun ne soit exempt de critiques assez nombreuses, le jury décerne au second tour de scrutin son prix à celui de Paul Abadie, successeur de Viollet le Duc. Comme architecte diocésain, restaurateur de l'église de Saint-Front à Périgueux, dont il s'est manifestement inspiré pour le Sacré-Cœur, il prévoit pour la construction de la basilique une somme de 7 millions de francs. En quelques mois, près de 3 millions ont été réunis par les fidèles et dès la seconde moitié de mai 1875, les travaux préliminaires peuvent commencer. Bien qu'il n'en soit encore qu'à leurs débuts, Monseigneur Guibert décide d'effectuer le 16 juin 1875, la pose de la première pierre. Pour éviter toute provocation politique, la cérémonie n'est pas empreinte de la solennité qui avait été initialement prévue. Entouré des archevêques de Damas, d'Alger, de la Nouvelle-Orléans et d'un grand nombre d'évêques, Monseigneur Guibert, qui a été nommé cardinal en 1873, bénit la première pierre, puis prononce, devant les 12.000 personnes qui se sont rassemblées, une courte allocution. Mais un orage soudain éclate et disperse la foule sous une pluie battante. L'édification de la basilique menace d'être longue, aussi pour permettre aux fidèles de venir se recueillir sur la butte, décide-t-on la construction d'une chapelle provisoire.

Une construction onéreuse 

"Le vendredi 3 mars 1876, elle est inaugurée par Monseigneur Guibert. Au milieu d'une influence considérable. Les travaux continuent, mais l'établissement des fondations dans la colline, minée par les tunnels des anciennes carrières, se révèle rapidement plus difficile que ne l'avait prévu Abadie. Des glissements de terrain se produisent. De nouveaux puits d'exploration s'avèrent nécessaires et révèlent une couche de glaise beaucoup plus épaisse qu'on ne le croyait. Finalement, il faut édifier 83 piliers de maçonnerie s'enfonçant jusqu'à la base de la colline et réunis entre eux par de puissantes arcatures, et remplacer 35.000 mètres cubes de terre meuble par leurs équivalents de pierre et de ciment. Désormais, même si la butte Montmartre venait à disparaître, le Sacré-Cœur demeurait juché sur son soubassement. 8 millions de francs ont déjà été engloutis, alors que l'ensemble ne devait coûter que 7 millions. On commence la construction de la crypte, mais les recettes s'épuisent. Il faut trouver de l'argent. On invite les familles, les groupes, les œuvres à fournir la somme nécessaire pour l'achat d'une pierre sur laquelle leurs initiales seront gravées. On fonde en province des comités diocésains, multiplie les appels, les quêtes, on organise des visites payantes régulières des travaux.  On s'efforce de trouver mille personnes donnant chacune mille francs or. Des fidèles s'engagent à verser durant cinq ans une somme modique de 1 ou 2 sous chaque semaine ou chaque mois. Enfin, le courage et l'ardeur de Hubert Rohault de Fleury, beau-frère d'Alexandre Legentil sont couronnés de succès. La crypte est bientôt achevée et le 21 avril 1881, le cardinal Guibert peut y célébrer la première messe. Certes, au-dessus des voûtes, il n'y a rien  encore. La crypte n'est qu'un décor sans toit, mais une foule de plus en plus nombreuse se presse pour la visiter et avoir un avant-goût de ce que sera la basilique".

Une succession d'architectes

"Le 2 avril 1884, l'architecte Paul Abadie meurt alors que les premiers échafaudages s'élève au-dessus de la crypte Il faut songer à le remplacer. Après de longues hésitations, le choix se porte sur Honoré Daumet, mais à peine est-il en possession du chantier qu'il engage des dépenses considérables et veut modifier les plans de Paul Abadie. Le porche d'entrée émerge en premier des échafaudages. Quelques semaines encore, il acquiert l'aspect que nous lui connaissons aujourd'hui, bien qu'il ne repose en fait que sur du vide. Tout autour de la basilique, les murs s'élèvent à la même cadence, mais la tension entre le comité et Daumet s'aggrave chaque jour. On parvient finalement à une séparation amiable et l'architecte, Charles Laisné, lui succède. En février 1887, d'importants travaux de soutènement s'avèrent nécessaires sur le côté sud de la butte, on délaisse maintenant la chapelle provisoire et c'est au milieu même des travaux qui se poursuivent avec la même diligence qu'ont lieu les cérémonies religieuses à la fin de l'année 1887. On a posé les voûtes recouvrant le déambulatoire, l'abside et le chœur. Le 6 novembre de la même année, c'est dans la crypte que Thérèse Martin, la future sainte Thérèse, alors âgée de 14 ans, vient se recueillir avant de se rendre à Rome avec son père pour obtenir du pape l'autorisation d'entrer au Carmel, malgré son jeune âge"

La poursuite des travaux

"De 1888 à 1890, on achève successivement toutes les parties basses de l'édifice. 

En 1891, le déambulatoire a déjà pris l'aspect que nous lui connaissons. Le 5 juin, le cardinal Richard, qui a été nommé archevêque de Paris à la mort de monseigneur Guibert, vient visiter les travaux de la basilique. En présence de trois cardinaux et de 14 archevêques, il inaugure par une messe solennelle l'intérieur de la nef auquel il ne manque plus que le dôme.

Puis, le nonce du pape, bénit du haut du parvis la foule qui s'est rassemblée.  Mais il faudra de nouveau changer d'architecte. Laisné meurt en 1891 et c'est à Henri-Pierre Rauline, l'ancien inspecteur des travaux formé par Abadie, que reviendra la tâche d'édifier les coupoles et le Grandvaux auparavant on place dans sa niche, la statue géante du Sacré-Cœur, haute de plus de 5 mètres et œuvre d'un prix de Rome, M. Michel. Puis, on se lance dans la construction du grand dôme, qui s'élèvera à plus de 80 mètres au-dessus de l'église haute. Des cérémonies religieuses ont toujours lieu périodiquement au milieu du chantier. Trois années seront indispensables pour rétablir les étiages compliqués de madrier nécessaires aux travaux et pour édifier les murs du tambour jusqu'au-dessus de la galerie du triforium et de la rangée de fenêtres jusqu'au chéneau supérieur à la 111ème assise".

La Savoyarde...

"Pendant ce temps, les fidèles du diocèse de Savoie préparent le don qu'ils veulent faire à la basilique. En cinq ans, ils ont fondu l'une des plus grosses cloches connues. Elles pèsent 26 125 kg. En octobre 1895, elle est achevée et quitte Annecy sur un char tiré par douze paires de bœufs jusqu'à la station de chemin de fer où elle sera expédiée dans la capitale. On l'a baptisée "la Savoyarde".Dès qu'elle parvient à la gare de la Chapelle, une foule immense va la chercher et la transporte à la lueur des torches, de 4 heures à 6 heures du matin jusqu'au sommet de la butte. Elle est alors hissée sur un plan incliné et glissé jusqu'au logement provisoire, où elle attendra la construction du campanile et où Monseigneur Richard la bénira au mois de novembre 1895".

Achèvement et inauguration tardive

"L'une après l'autre, les coupoles secondaires émergent des échafaudages et emboîtent les dernières pierres, des couvertures. Au milieu d'octobre 1899, la coupole du grand dôme est terminée et sa croix se dresse maintenant à près de 210 mètres au-dessus du niveau de la Seine.Le cardinal Richard, malgré son grand âge, il était alors plus que octogénaire, tient à la bénir lui-même.  Le 17 octobre 1899, il célèbre la messe dans la basilique, puis monte au sommet des échafaudages. La bénédiction de la croix se déroule avec la solennité habituelle. Monseigneur Richard descend alors sans aide les deux étages, l'escalier étroit qui précède immédiatement le sommet. Il monte ensuite dans une chaise à porteurs qu'on a recouverte d'un voile opaque pour lui éviter le vertige et amener ainsi jusqu'au sol par quatre solides gaillards. 

"La basilique est maintenant presque terminée. Peu à peu, on la débarrasse des poutres des madriers qui l'étayent. Il reste toutefois à exécuter la plus grande partie de sa décoration intérieure, de ses aménagements et à édifier le campanile. On en posera la première pierre le 16 juin 1905 et en 1907, parvenue au tiers de sa hauteur, on y montera "la Savoyarde". C'est Lucien Magne qui sera l'architecte du Campanile mais selon des plans assez différents de ceux initialement prévus par Abadie, il l'achèvera le 6 avril 1912. La grande mosaïque du chœur, qui couvre 475 mètres fixée pour la consécration de la basilique est enfin achevée à la date du 17 octobre 1914. Mais le 4 août, c'est la guerre ! Elle ne pourra donc avoir lieu que cinq années plus tard le 16 octobre 1919.  Le Sacré-Cœur a coûté 45 millions de francs or entièrement versés par les fidèles et par des nations amies telles que le Canada et le Liban. Plus de 15 millions de fidèles viennent chaque année, aussi est-il devenu l'un des centres les plus importants du monde chrétien". 

Le monument, symbole de Paris attire près de 11 millions de visiteurs par an. Mardi 13 octobre 2020, la commission régionale du patrimoine et de l’architecte a voté à l’unanimité l’inscription au titre des monuments historiques et demandé un classement du monument, qui semble désormais assuré".

Pour aller plus loin

Histoire de Montmartre butte chrétienne et de la Basilique du Sacré-Cœur. Présentation de la Basilique du Sacré-Coeur qui domine le quartier de Montmartre à Paris. Le professeur Paul Lesourd, professeur d'histoire de l'Eglise à la catho et au grand séminaire de Lyon évoque les origines du nom de Montmartre, de l'installation des Chrétiens sur la butte, de la construction de la basilique du Sacré-Coeur, ainsi que de l'installation de sa cloche "La Savoyarde"; explications illustrées de nombreuses gravures. (25 juin 1961)   

Rédaction Ina le 14/10/2020 à 14:55.
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