1965, sur le tournage de "Paris brûle-t-il ?"

Arte diffuse ce vendredi à 13h35 le film de René Clément, Paris brûle-t-il ?, un film à la gloire de la division Leclerc. Il relate notamment comment Paris échappa à la destruction. 21 ans après sa libération, le film se tournait dans la capitale.

Le 24 août 1965, le journal télévisé consacrait un long reportage à ce film ambitieux à la distribution prestigieuse. Une production franco-américaine qui allait sortir en 1966. Il est réalisé par René Clément à la demande du producteur Paul Graetz et adapté du succès de librairie éponyme de Larry Collins et Dominique Lapierre.

"La Libération de Paris ne concerne pas seulement les Français mais le monde entier". Paul Graetz, le producteur du film explique pourquoi il a voulu le produire et décrit la difficulté à distribuer certains rôles de personnages historiques marquants, dont certains étaient toujours vivants à l'époque. Le producteur évoque notamment la difficulté à choisir l'acteur qui jouerait le général Leclerc commandant de la 2e DB, "Je n'ai pas voulu choisir sans prendre l'avis de la maréchale Leclerc". [ claude Rich décrochera le rôle]

Paul Graetz évoque ensuite le général allemand Von Choltitz qui aurait refusé de suivre les ordres de Hitler lui intimant de détruire Paris, "le général Von Choltitz a certainement, comme n'importe quel être humain, des points constructifs et négatifs, mais il a surtout su que la guerre était perdue et la décision qu'il a prise est certainement la conséquence qu'il a compris, avec sa rencontre avec Hitler début août 1944, qu'il avait à faire avec un fou. Ce qu'il m'a d'ailleurs confirmé par écrit".

Suivent quelques images du tournage avec Gert Fröbe (dans le rôle du général d'Infanterie Dietrich von Choltitz).

Henri Karcher, celui qui arrêta von Choltitz

Le reportage se poursuit avec une interview du conseiller technique du film. Il est celui qui a arrêté le véritable général allemand à l'hôtel Meurice, le lieutenant Henri Karcher. Il raconte l'arrestation. En 1961, il est chirurgien et détient un mandat de député. Devant l'hôtel, il se remémore les faits, "nous avons d'un bond, avec six ou sept hommes, franchis la porte d'entrée, tirant à la mitraillette et jetant des grenades (…) les hommes tirent à la mitraillette sur les Allemands qui se trouvent dans les salons. Je reste dans le hall pour contrôler l'opération et à ce moment-là, je me fais tirer dessus à la mitraillette par un Allemand embusqué sur le hall du 1er étage. Il me rate et je l'abats de deux balles de pistolet".

Après cette première mitraillade, les Allemands de la compagnie de défense du QG  se rendent rapidement et sont désarmés. Il monte les escaliers et part à la recherche du commandant allemand qu'il trouve assis derrière son bureau "entouré de plusieurs de ses officiers d'Etat-major. J'ai salué et je me suis annoncé, lieutenant Karcher de l'armée du général de Gaulle. Je me suis approché du bureau, il m'a répondu : "général von Choltitz, Komandant von gross Paris". Je lui ai dit : général est-ce que vous vous rendez ? Il m'a répondu : Ya ! "

Les armes étaient déjà déposées sur les tables et bureaux. Un bureau où se trouve le jour de l'interview, l'épée et le fanion de commandement du général allemand. L'ancien résistant fait état de ses impressions de se retrouver au même endroit  21 ans plus tard, "on a l'impression d'un calme étrange étant donné qu'on a connu ces lieux au milieu de péripéties étonnantes...au milieu du vacarme, du combat, des rafales de mitraillettes et des explosions de grenades. Mais ce n'est jamais sans émotion, d'ailleurs dès que je repasse rue de Rivoli. Parce que je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'à la minute même où le général von Choltitz capitulait, Paris était redevenue libre. Paris était libérée".

Il évoque ensuite son rôle de conseiller technique sur le tournage et en particulier sur cette scène précise, "ils m'ont demandé de donner des indications précises de manière à ce que la réalité soit respectée. Je crois que l'on est en  train de réaliser un film qui correspondra au maximum à ce qui s'est passé et à la réalité des faits". C'est l'acteur Jean-Pierre Cassel qui incarne  le lieutenant Henri Karcher.

Des chars sur la concorde...

Des images montrent ensuite René Clément et ses techniciens préparer le tournage de l'entrée des chars place de la Concorde. Les rôles des Allemands sont tenus par des Allemands, sur la place à la pause cigarette, Yves Montand (qui interprète le sergent tankiste Marcel Bizien) s'entretient gaiement avec l'acteur Gert Fröbe qu'il déclare connaître depuis dix ans. René clément plaisante en parlant de l'acteur Français "mais il ne va pas rester longtemps avec nous. Trois jours. On va le descendre tout de suite".

Le tournage se poursuit sur des images d'une collision de chars impressionnantes. "L'histoire demeure et il n'est pas question pour le cinéma de la remplacer, simplement, il obligera les hommes à mieux se souvenir", conclut le reporter.

Une distribution internationale est exceptionnelle

Du côté français, on retrouve Jean-Paul Belmondo (Yvon Morandat, dit "Pierrelot"), Charles Boyer (le docteur Robert Monod), Leslie Caron (Françoise Labé), , Bruno Cremer  (le colonel Rol-Tanguy), Alain Delon (Jacques Chaban-Delmas), Michel Piccoli ( Edgard Pisani) mais aussi Jean-Louis Trintignant ou Pierre Vaneck … 

Du côté des Américain, on retrouve Kirk Douglas (le général George S. Patton) ou Glenn Ford (le lieutenant general Omar N. Bradley), Anthony Perkins ( le sergent américain Warren), George Chakiris (le GI devant Notre-Dame)…

Orson Welles joue le rôle de  Raoul Nordling, consul de Suède… Cette énumération est très loin d'être exhaustive.

Pour aller plus loin

Reportage des actualités télévisées : tournage du film "Paris brûle-t-il ?" de René Clément. Des images du tournage alternent avec des images d'archives de la Libération, en août 1944, à Paris. René Clément, interviewé, explique que son film n'est pas un film historique. Selon lui, dans une fresque, on peut voir une action se transformer par les voies plus nobles de l'art sans aucun rapport avec une réalité naturaliste. Le comédien Jean-Louis Trintignant parle de son rôle de donneur de la Gestapo. (24 juillet 1965)

1964, von Choltitz raconte comment il sauva Paris en août 1944 (Article) 

Journal Les Actualités Françaises : Et Paris n'a pas brûlé... le Général Von Choltitz est mort à Baden Baden. Reportage réalisé à l'occasion du décès du général von Choltitz, commandant du "Grand Paris" qui avait choisi de ne pas obéir à l'ordre d' Hitler de brûler Paris. (9 novembre 1966) 

JT 20H : Paris brûle-t-il ? Interview de Jacques Chaban Delmas par Léon Zitrone. Il dit se reconnaître dans Alain Delon qui joue son rôle. Il complimente le film qui, trouve-t-il, rend bien compte de cette époque si particulière. Puis l'ancien résistant revient sur la Libération de Paris et son côté irréel. (23 octobre 1966)

Sur le tournage de Paris Brûle-t-il. A l'occasion des 50 ans de la sortie du célèbre film de René Clément, "Paris brûle-t-il ?", ina.fr vous emmènait sur le tournage de l'un des plus grands chefs-d'œuvre du cinéma français. "Attention.... Action, ça tourne !" (Playlist)

Florence Dartois

Rédaction Ina le 29/06/2020 à 17:32.
Dernière mise à jour le 22/07/2020 à 15:44.
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