1960, Khrouchtchev a-t-il vraiment exhibé sa chaussure à l'ONU ?

Le 24 octobre 1945 marque l'entrée en vigueur de la Charte des Nations Unies. Parmi les nombreux événements qui ont ponctué l'histoire de cette institution, celui de la « chaussure de Khrouchtchev » reste l'un des plus controversés. En effet, il semblerait bien que la réalité des événements ait été bien moins spectaculaire que la version rapportée par les correspondants de l'époque.

Nous sommes le 12 octobre 1960, à l’Assemblée générale des Nations Unies. Nikita Khrouchtchev, au pouvoir à Moscou depuis 1953, a fait le voyage en bateau jusqu’à New York, en tant que représentant de l’URSS. Il est accompagné des délégations hongroises et roumaines.

A New York, un autre héraut du monde communiste est présent, en la personne de Fidel Castro, le tout récent leader de Cuba. Quelques jours plus tôt, le 26 septembre 1960, Fidel Castro prononçait d’ailleurs son fameux discours expliquant le sens de la révolution cubaine : un discours fleuve, de quatre heures et demie, le plus long de l’histoire des Nations Unies.

C’est donc dans ce contexte de Guerre froide, marquée par la décolonisation, où, selon l’historien André Liebich, « les deux Grands sont intéressés par le fait de gagner à leur cause les nouveaux pays émergents », que survient « l’incident de la chaussure ». Nikita Khrouchtchev, excédé par le discours du délégué philippin « fustigeant la tutelle de Moscou sur les pays de l’Est », tape alors du point sur la table, accompagné dans ce geste de contestation par ses collègues.

Il aurait même, selon quelques témoins et journalistes présents, dont le correspondant de l’AFP, utilisé sa chaussure pour frapper la table. Ce dernier rapporte en effet le soir même de cette journée mémorable que « pour manifester son mécontentement M. Khrouchtchev retire une de ses chaussures pour frapper son pupitre avec le maximum d’effet ».

C’est cette version qui est entrée dans l’Histoire, et c'est cette version contestée que relatait en 1968 le journal télévisé de l’ORTF rappelant l’événement survenu huit ans plus tôt. 

Or, de nombreuses caméras étaient présentes dans la salle. Si toutes ont en effet bien enregistré M. Khrouchtchev frappant du point sur la table, aucune n’a capté le moment où ce dernier se serait servi de sa chaussure. Et pourtant, on remarque bien sur les images d’archives comme sur les photographies une chaussure posée sur le pupitre.

Selon Nina Khrouchtcheva, sa petite-fille, professeure de Relations internationales, interviewée en 2014, sa chaussure lui aurait été rapportée par un employé des Nations Unies. Et elle est catégorique : il ne l'aurait pas utilisée pour frapper la table, contrairement à ce qui avait été écrit ou rapporté à l'époque. 

En 2014, l'émission "Comme si c'était hier" de la Télévision suisse revient sur cet événement et confronte les différentes théories.

Deux semaines après l’événement, le Wall Street Journal prétendait même que le leader soviétique avait brandi sa chaussure à la tribune, alors qu’il prononçait son discours. C’est cette version – assurément fausse – qui se retrouve encore aujourd’hui sur Internet, à l’aide d’un photomontage.

Comble de l’ironie, Nikita Khrouchtchev, dans ses mémoires publiées l’année de sa mort, revendique ce geste hautement symbolique.

L’un des moments les plus célèbres de l’histoire de l’Assemblée générale des Nations Unies repose donc sur une allégation non vérifiée et contestée, qui a été reprise à dessein par les deux camps – occidental et communiste – dans un but pourtant bien différent.

Cyrille Beyer

Rédaction Ina le 23/10/2017 à 16:38.
Dernière mise à jour le 18/11/2019 à 13:40.
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