Rédoine Faïd, confession d'un braqueur

2011

Après trois mois de cavale, le braqueur Rédoine Faïd vient d'être arrêté à Creil. Cinq ans après sa précédente et spectaculaire évasion, en 2013 à Sequedin (Nord), le braqueur Rédoine Faïd s’était à nouveau fait la belle en s'évadant en hélicoptère de la prison de Réau, le dimanche 1er juillet 2018.

Personnage aussi charismatique que sulfureux, en 2010, il se livrait au micro de Philippe Collin sur France Inter. C'est un témoignage audio exceptionnel qu'ina.fr vous propose de découvrir ici.

 "Je me suis interdit de rêver…Je ne vais pas rêver d'avoir un gâteau, des habits, je vais les prendre… De petits vols, en petites arnaques, en cambriolages, ben je me suis jamais fait attraper".

Dans cet entretien Rédoine Faïd commence par définir le statut du braqueur qui possède une certaine aura et qui est régit par un code de l'honneur. Le braqueur a la caractéristique d'être respecté par les autres malfrats mais aussi par la police.

2010

Rédoine Faïd est né dans une cité de Creil en 1972. Bon élève mais turbulent, le gamin s'ennuie et passe de longues heures avec ses copains dans les centres commerciaux qui poussent comme des champignons au début des années 80. La profusion de sucreries, de gâteaux et de tout ce que la société de consommation propose le fait rêver. Il sait que ses parents, d'un milieu modeste, ne pourront jamais lui offrir ses rêves. Alors il se les offre en volant… C'est le début d'une "carrière de braqueur à succès" qui s'ouvre devant lui. Jusqu'à ses 26 ans, il ne sera jamais arrêté pour aucun des larcins commis.

Il pensait alors qu'il aurait mieux tourné s'il était allé en centre pour mineurs délinquants mais une fois en prison, il s'est aperçu que tous les gros truands étaient passés par ces "camps de mineurs" et en avaient été brisés, jusqu'à devenir multi-récidivistes : "Je pense que quand on enferme des jeunes délinquants dans des CJD, comme Fleury Mérogis, c'est une très grave erreur."

"C'est vraiment dur la prison, ça fait peur. Quand tu rentres en prison, c'est l'horreur…"

Il évoque ensuite son ressenti personnel de la prison : "Tu vois ça comme l'enfer. C'est un monde infâme. T'as vraiment peur. Après, tu rentres dans ta cellule, t'es tout seul. Tu vois rien. T'as pas de visite, t'as personne à qui parler. T'as le suicide qui te passe dans la tête car tu n'as pas le courage - Si j'avais été dedans à 14,15 ans… ça aurait été terrible…"

2010

"Là-bas, les parents sont confrontés à une réalité qui leur pète à la figure et ils ne savent pas comment faire..."

Rédoine Faïd donne son opinion sur le fossé qui existe entre les discours politiques, complètement déconnectés de la banlieue, et la réalité de ces quartiers abandonnés : manque de moyens et de volonté politique : "Les gosses si tu les appelles "racaille", c'est pas comme ça que tu vas y arriver. Je considère qu'il faut une réelle volonté politique pour changer tout ça… Quand le gosse commence à déconner à l'âge de 10 ans, occupe-toi de lui, n'attends pas qu'il ait 20 ans…"

2010

"Le malheur que j'ai eu, c'est que j'avais un don pour voler".

Philippe Collin demande à l'ex braqueur de lui expliquer en quoi le cinéma et certains films en particulier ont participé à "son apprentissage" de la délinquance. Rédoine Faïd souligne qu'il avait un "don" pour le vol et que son perfectionnement de bandit qui s'est fait en partie à travers les films de gangsters.  Parmi ses références, il évoque Le solitaire de Michael Mann, le Mesrine de 1984, ou l'histoire du gang des postiches en 1986 (braquage avec des masques de présidents ). Ils s'inspiraient des dialogues de films de cinéma et les utilisaient lors des braquages de banque : "On apprenait ça, on mettait des gants de jardins et des bas sur les visages, parce qu'on ne savait pas comme des abrutis qu'il y avait des cagoules de motos qui se vendaient… On est entré dans la banque. On a pris l'argent et on s'est sauvé et ça a marché…"

2010

 "Une aristocratie du braquage"

Pour Rédoine Faïd, il y a une certaine noblesse de braquer un fourgon blindé. A l'époque, il pense être sorti de cette drogue (adrénaline) des braquages : "Mes vieux démons ne sont pas endormis mais morts". Il reconnait cependant qu'avec tous ses succès, il se sentait invincible et n'arrivait pas à arrêter. En vacances, il s'ennuyait. La vie lui semblait fade.

Quant à la prison, il la compare à un monastère où il a pu se désintoxiquer : "En détention, tu vides tes batteries... tu te débarrasses de cette vie de fou... d'être en cavale... la peur de la police qui va te tirer dessus car ils savent que tu ne vas pas te rendre. En détention tu n'as plus à avoir peur... tu te débarrasses de tout ça."

De prisons en cavales

En juin 2011, un an et demi après cet entretien, le braqueur-repenti est arrêté, suite de l'enquête relative au braquage raté d'un fourgon blindé à Villiers-sur-Marne (Val de Marne) en 2010 qui avait entraîné la mort d'une policière municipale.

2011

Il s'évadera de sa prison de Sédequin dans le Nord à l'aide d'explosifs et après une prise d'otages qui ne fera aucune victime.

2013

Finalement, après 46 jours, Rédoine Faïd est arrêté dans la nuit du 28 au 29 mai 2013, entre 2 et 3 heures du matin dans la chambre numéro 38 d'un B&B de Pontault-Combault en Seine-et-Marne.

2013

Rédaction Ina le 02/07/2018 à 16:21.
Dernière mise à jour le 03/10/2018 à 09:17.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies relatifs à la publicité, aux réseaux sociaux et à la mesure d'audience.
Télécharger l'application
Partager
Ajouter
Les journaux
disponibles

Vous pouvez accéder actuellement aux :

- journaux radio de 1961 à 1974 (1972 : année incomplète),
- journaux télévisés de 1970, 1971, 1973 et 1974 (années incomplètes), puis du 13 février 1976 au 31 décembre 2014.

Cependant, dans ces périodes, certains journaux peuvent manquer, en raison de problèmes techniques au moment de leur enregistrement, ou pour cause de grève.

Si vous cherchez un journal en dehors de ces périodes, patience... L’offre disponible en ligne s’enrichit au fur et à mesure de la numérisation. N’hésitez pas à revenir régulièrement consulter cette rubrique.

Avertissement : En raison d’éventuels problèmes d’enregistrement du journal télévisé à l’époque, il est possible qu’il manque 30 secondes au début de la vidéo.