La censure à l'Ortf en Mai 68

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"Je ne peux pas ne pas souligner le rôle, en pareil cas difficilement évitable, mais néfaste, de radios qui, sous prétexte d'information, enflammaient quand elles ne provoquaient pas ! Entre la diffusion du renseignement et la complicité. Entre le souci de recueillir les explications des manifestants et l'appel à la manifestation, il n'y a qu'un pas et qui fut franchi parfois allègrement. "

Dès le 14 mai 1968, le Premier ministre Georges Pompidou déclare à l’Assemblée nationale son mécontentement face au comportement "irresponsable des médias et particulièrement de la radio..."

Ina.fr vous propose de revenir sur les événements de Mai 68 à travers l'angle de la censure à l'Ortf, aussi bien à la télé qu'à la radio. De la simple déprogrammation à la confiscation des moyens techniques, l’antenne est devenue, pendant ce mois mouvementé, un enjeu majeur des pouvoirs publics. Le lieu de toutes les confrontations et de certaines pressions exercées par des personnes parfois influentes. Retour en images et en sons sur la censure à l’Ortf en Mai 68.

Le véto de l’Etat

En Mai 68, la France traverse une crise sociale sans précédent. La télévision et la radio se sont démocratisées et jouent leur rôle informatif ou essayent de le faire. Très rapidement, le gouvernement impose un blocus sur l’information et l’annonce clairement.

L’objectif du pouvoir est d’éviter à tout prix la propagation du conflit et l'échauffement des esprits. Les débats, même ceux de l’hémicycle, sont censurés lorsque le président de séance le juge utile.

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Le bouton "censure" de l'Assemblée Nationale, 22 mai 1968

Dans cet extrait de séance, le présentateur explique que Jacques Chaban-Delmas peut couper le son entendu par les spectateurs grâce à un ingénieux système placé sur son bureau.

La révolte des journalistes

Malgré la pression de l’Etat, les journalistes entendent faire leur métier en toute liberté. Le 14 mai, le magazine Zoom diffuse un numéro entièrement consacré à la révolte des étudiants. Il s'agit des premières images diffusées à la télévision sur cet événement. Il est suivi d’un débat auquel participent : André Fanton, Olivier Castro, David Rousset, le Recteur Capelle, Pierre Juquin et deux membres des syndicats étudiants, Alain Geismar et Marc Sauvageot.

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Zoom : La révolte des étudiants, 14 mai 1968 

Le reportage donne largement la parole aux étudiants et à leurs leaders. On y aperçoit même le jeune François Léotard dans une manifestation.

Après sa diffusion, André Harris et Alain de Sédouy, producteurs de l'émission, seront renvoyés et l'émission stoppée.

Un autre magazine culte du petit écran disparaîtra lui aussi à la suite de sa programmation en Mai 68 : Cinq colonnes à la une

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40 ans de télévision : 5 colonnes à la une, 1990

Pierre Desgraupes et Igor Barrère expliquent que l’émission fut arrêtée suite à la grève qu'ils firent avec le personnel de l'Ortf pendant les évènements de 1968.

A la radio, 

Le 27 mai, trois journalistes de France Inter démissionnent et adressent une lettre au directeur général de l'Ortf :"Monsieur, je constate qu'il est décidément impossible d'exercer à l'actualité radiophonique le métier de journaliste conformément aux règles et aux principes moraux de cette profession, en conséquence je vous demande d'accepter ma démission des fonctions que j'occupe à l'Ortf" (par Lucien Biraud, Pierre Charpentier et Jean Pierre Sicre).

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Le 30 mai 1968 sur l’antenne de France Inter, le présentateur du journal de 20h00 explique les motifs de la grève des journalistes : "Contester les structures de l'Ortf et obtenir la libéralisation de l'information. Ils réclament de nouveaux statuts garantissant l'autonomie de l'organisme par rapport au pouvoir politique".

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Journal parlé de 20H00 de France Inter, 30 mai 1968

Suppression des moyens techniques

Les reporters ont de quoi se mettre en colère. En effet, dès le 23 mai le gouvernement supprime les moyens techniques extérieurs des radio-télévisions publiques. Impossible dorénavant de couvrir les manifestations de rues et les barricades. 

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L'état prive la radio de ses moyens techniques de diffusion en extérieur, 24 mai 1968

le 25 mai, Philippe Harrouard décrit le travail difficile des journalistes "car le ministère des PTT a coupé les liaisons hautes fréquences et les liaisons radio téléphones, ce qui a obligé les reporters à demander à des particuliers leurs téléphones". Il remercie les auditeurs de leur coopération.

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La grogne monte même dans l'hémicycle, François Mitterrand prend la défense de la liberté de parole des journalistes et de l'information à l'Ortf.

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Déclaration de François Mitterrand, 28 mai 1968

Dans ce journal parlé de 20H00 de France Inter, Michel Pierre Texier annonce cette interdiction d'utiliser les moyens HF pour les reportages radio. Jean Pierre Elkabbach lit un communiqué de contestation de cette censure de l'état : "elle constitue une censure hypocrite de l'information au moment où le pays traverse une crise grave".

L’ingéniosité des journalistes et la solidarité des auditeurs permettent à la France de suivre les événements sur leurs transistors. Le dispositif de substitution repose sur la solidarité des Français qui offrent leur téléphone.

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Remerciements aux auditeurs, journal de France Inter, 25 mai 1968

Voici un exemple de reportage réalisé à la fenêtre d’un particulier près de la gare de Lyon. Raymond Tortora de France Inter tente de couvrir une manifestation organisée par l’UNEF.

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Inter actualités de 20H00, Reportage effectué depuis un balcon pour suivre manifestations, 24 mai 1968

Il explique que descendre dans la foule pour aller aux renseignements voudrait dire perdre son téléphone...

Pour aller plus loin

Romain Goupil à propos de la censure en mai 68 (soirée spéciale 20 mars 2008)

L'information dans le monde moderne et les responsabilités du journaliste : à propos du droit de l'information et de ses limites. (Audio 29 mai 1968)

Inter Actualités de 18h00 : question d'un auditeur à propose de la liberté d'expression à l'Ortf. Question posée à Jean-Jacques Servan-Schreiber (Audio, 23 mai 1968) 

Anecdote sur le relais de l'information par France Inter auprès des étudiants. Correspondance de Pierre Lantenac, place Edmond Rostand : description de l'ambiance "sympathique et bon enfant" sur les barricades. Il raconte une anecdote concernant l'Ortf : les étudiants, lors de la dernière correspondance, ne croyaient pas que le reportage serait diffusé. Leurs camarades munis de transistors leur ont confirmé que tout était bien passé sur les ondes. (Audio, 11 mai 1968)

Rédaction Ina le 19/07/2013 à 16:02.
Dernière mise à jour le 24/04/2018 à 19:29.
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