Censure et société

« La télévision française est faite pour l’information (ou la distraction) des Français. Les interventions du gouvernement, en en faisant publiquement un instrument de sa politique, ne peuvent que mettre le gouvernement dans l’embarras, puisqu’on lui demandera compte de tout ce qui se passe, ou ne se passe pas à la télévision »

Pierre Lazareff. Cahiers de la télévision, avril 1963.

Voici plusieurs sujets de société déprogrammés de l’antenne de l’Ortf.Toutes ces suppressions ou déprogrammations ont des raisons politiques. A cette époque, alors que certains journalistes combattent pour obtenir des pouvoirs publics l’autorisation de traiter certains sujets, pose aussi la la question d’un organisme d’arbitrage indépendant (le CSA n’est créé qu’en 1989).

1964

Onze millions de noirs, trois millions de blancs

Documentaire tourné en Afrique du Sud, en plein Apartheid, sur le racisme institutionnalisé. Série de témoignages sur les relations entre les  Noirs et les Blancs.

Interview de John Harris, président du Comité olympique Sud Africain, banni pour ségrégation raciale. Il est interrogé sur la prochaine rencontre entre le XV de France et les Springboks. Selon lui, si un Noir joue dans l’équipe de France, le « gouvernement n’autorisera pas sa visite » dans le pays.

M. Wearing, ministre de l’Information, parle de « politique séparée ». La mixité est exclue. Transports en commun, écoles, plages…la ségrégation est partout.

Le film montre ensuite les bidonvilles des banlieues du Cap et de Johannesburg.

Le documentaire se termine par cette affirmation d’une femme blanche : « Dire que la majorité des Noirs est égale à la majorité des Blancs….non je ne suis pas d’accord ». Pour finir, un homme affirme à la caméra être « choqué » et se sentir « coupable de la situation dans laquelle le pays évolue ».

Selon un article de Libération (29/01/1964) le sujet de Michel Honorin devait initialement être diffusé le 17 janvier 1964 (finalement diffusé le 21 février). Une demi-heure avant l'heure de diffusion, le sujet fut interdit par le ministre des Affaires Etrangères, Maurice Couve de Murville. 

1990

Le journaliste Michel Honorin revient sur la censure de son documentaire.

1965

Oublaisse

Documentaire consacré à Jean François Perrette, membre actif de l’Armée secrète et ami du Général de Gaulle, qui décida après la Seconde guerre mondiale de se consacrer entièrement à la réinsertion sociale des anciens combattants. Il ouvre un centre de réadaptation au château d'Oublaisse dans l’Indre.

Selon un article du Monde (03/05/1965), le sujet a été remplacé par un autre, réalisé par les mêmes auteurs (La montagne qui fume diffusé le 23/04/1965), parce qu'il critiquait les équipements sociaux officiels de l'Indre et mettait en valeur les méthodes du centre d'Oublaisse (centre privé).  C’est le préfet du département, Monsieur Lefranc, ancien membre du cabinet du président de la République, qui a demandé sa suppression de l'antenne. 

1965

La montagne qui fume diffusé le 23/04/1965 à la place de Oublaisse

1970

L’usine

 

Document sorti de l’enfer de l’Ortf qui propose une approche sociologique du monde de l’usine et des ouvriers avec l’exemple de la raffinerie Elf de Feyzin. Dirigeants et travailleurs sont interviewés (On ne voit jamais les ouvriers interviewés). Le filme montre une pancarte dans le jardin d'un pavillon proche de la raffinerie avec le texte suivant : "Impasse de la mort et du désespoir, silence le pétrole a fait des morts".

 

Selon des articles publiés dans Combat week-end du 16/04/1970, l'Express du 11/05/1970, Le Monde du 26/06/1970 et Télé Liberté d'aout 1970, cette émission de Jacques Fremontier sur les conditions de travail en usine fut censurée. Monsieur Jean Jacques de Bresson, directeur général de l'Ortf,  sous la pression du directeur de l'usine de Feyzin et du préfet du Rhône, annula la diffusion de ce deuxième numéro de la série "Vivre aujourdhui".  Jacques Fremontier, le producteur, est accusé de "se servir d'un documentaire d'art pour faire de la politique", de "ne pas être objectif", et enfin, l'équipe de l'émission est accusée d'être marquée politiquement (l'Express du 11/05/1970).

1971

Les dossiers de l’écran : Arabes et Israéliens face à face

 

Débat animé par Alain Jérôme en présence du père Youakim Moubarak, prêtre libanais, Lamia Tabet, sociologue libanaise, Abdelaziz Barouhi, journaliste tunisien, Khemaïs Chamari, économiste tunisien, Lotfallah Soliman, journaliste égyptien à "Politique hebdo", Saül Friedlander, historien, André Chouraqui, Zeev Sternhell, professeur de sciences politiques à l'université de Jérusalem, le père Bruno Hussard, dominicain. Diffusé le 8 novembre 1971.

 

Selon un article du Figaro (19/05/1971), "Un mur à Jérusalem", le fim de Frédéric Rossif et Albert Knobler qui illustre ce débat, devait initialement être diffusé le 19/05/1971 mais fut annulé. La direction de l'Ortf se justifia ainsi : "Les Dossiers de l'écran ont dû renoncer....les quatre invités arabes qui devaient être opposés au cours du débat aux quatre invités israéliens s'étant décommandés". Joseph Kessel (auteur du texte d'"Un mur à Jerusalem") s'exprime violemment à propos de cette censure : « Pour employer un vocabulaire modéré, je me contenterai de dire que [c’est] inadmissible, intolérable, indécent ». Il parle aussi de « défi à la liberté d'expression ».

1975

Les atomes nous veulent-ils du bien ?

 

Sont successivement évoqués : l'expansion des centrales nucléaires, le résultat d'une explosion, la lutte contre l'énergie nucléaire, le manque d'information du public, la contamination des poissons, le danger des chaînes alimentaires, les emballages et convoi de plutonium et les zones de stockage ou on enterre les déchets radio actifs.

 

Selon un article du Figaro (03/04/1975), cette émission programmée initialement pour le 18 mai 1974, fut déprogrammée par Pierre Sabbagh car les syndicats de l'énergie nucléaire demandèrent qu'elle soit suivie d'un débat. De plus, trois des participants (Louis Leprince-Ringuet, Francis Perrin et Raymond Latarjet, directeur de l'institut du radium) ont demandé l'interdiction de l'émission car "elle est empreinte de partialité et de parti pris". André Rossi, le porte-parole du gouvernement, trouve alors un compromis : les interviews seront coupées, un autre film (« Les atomes nous veulent ils du mal ») sera tourné pour apporter la contradiction et ces deux émissions seront suivies d'un débat (Les dossiers de l'écran).

Les atomes nous veulent ils du mal ?

1977

Actualités de l'église

 

Document sur l’action des chrétiens à travers le monde pour dénoncer la pratique de la torture. Extrait d'un discours de Monseigneur Etchegaray à propos de la torture, enregistré lors d'un de ses passages à Paris. Le Pape Paul VI voyait la torture comme une « peste ».

 

Selon plusieurs articles parus le 17 février 1977 dans l'Humanité, le Figaro et Rouge, une séquence de six minutes, portant sur la torture, a été supprimée à la demande de Jean Cazeneuve, alors directeur de TF1. Cette séquence comprenait notamment une interview de Madame Lise Weil, vice-présidente de la section française d'Amnesty International où elle faisait état de tortures pratiquées dans certains pays nommément cités. Jean Cazeneuve explique "qu'aucune preuve n'étant apportée aux faits relatés, il s'agissait d'un principe contraire à notre déontologie. Est-ce dans le cadre d'émissions religieuses que l'on doit passer ce genre de sujet ? a t'il ajouté" (Le Figaro).

Découvrez notre dossier censure et la politique

Rédaction Ina le 01/07/2013 à 12:02.
Dernière mise à jour le 11/04/2015 à 11:07.
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