Censure et divertissement

Ina.fr vous propose une série d’œuvres ou de programmes de divertissement déprogrammés de l’antenne par les pouvoirs publics ou par les pressions exercées par certaines personnes influentes.

Peut-on parler de tout à la télé ?

On pourrait penser que la télévision est un sanctuaire de la libre pensée et de la liberté de parole. Pas si sûr. Les émissions de débats sont les premières victimes de la censure discrète de l’Etat sur le contenu des programmes.

Aucun thème n’est à l’abri d’une déprogrammation ou d’un remontage « sélectif », même le cinéma !

En mai 1972, l’émission « Hexagone » débat autour du thème « Le cinéma n'est pas seulement un art mais une industrie et un commerce » en direct du Festival de Cannes. Henri Marque est entouré de plusieurs invités : Stephane Audran, André Astoux, directeur du Centre National du Cinéma, Louis Malle, réalisateur, Jean Yanne, comédien et Jacques Doniol Valcroze.   

1972

L'hexagone : L'aventure des films, 9 mai 1972                     

Très rapidement la discussion s’échauffe, Louis Malle déclare que « cette émission ressemble de plus en plus à un  lavage de linge sale qui n'intéresse pas les spectateurs… ».

L’émission termine dans « l’Enfer » de l’ina. Dans une lettre, Jean Pierre Guérin (qui fut journaliste puis coproducteur de l'émission) explique qu'un extrait du débat a donné lieu à des controverses très violentes. C'est cette partie qui est concernée par l'interdiction.

Des institutions pointilleuses

Les institutions sont elles-aussi très pointilleuses sur l’image que la télé peut renvoyer d’elles. L’armée est un sujet à aborder avec précaution. Deux fictions ont été modifiées pour ce motif.

En 1974, la dramatique « Les cadets de Saumur » est coupée avant diffusion. Elle raconte pourtant un fait d’armes héroïque des élèves officiers de l'Ecole de cavalerie de Saumur : la bataille de la Loire qui fut livrée les 19, 20 et 21 Juin 1940 par les Cadets et les cadres de l'Ecole sur les rives du fleuve.

1974

Les cadets de saumure (nouveau titre « Un matin de juin 1940 », diffusé le 29 juin 1974.

Selon un article du Monde du 26 juin 1970, une procédure en référé de l'amicale des cadets de Saumur a abouti à la suppression d'une scène représentant un officier donnant un coup de cravache à un cadet. Ils obtiennent en sus, l'obligation de faire précéder l'émission d'une annonce précisant qu'il s'agit d'un mélange de fiction et de réalité, et l’ordre de faire suivre la projection d'un débat de 30 minutes en présence des plaignants.

En 1973, « Le Reflet dans la mer » avec Charles Vanel subit un remontage forcé à la demande de la gendarmerie. Le scénario met en scène un gendarme compromis dans une affaire de vol. Plusieurs scènes sont modifiées pour redorer l’image de l’institution et éviter une condamnation pure et simple de l'émission.

1973

Le Reflet dans la mer, 28 mars 1973 

Peut-on rire de tout ?

Les humoristes sont les premières victimes de la censure médiatique. La religion est un sujet à traiter avec précaution. Pierre Desproges en fait les frais en 1983.

Après une intervention de Jean Michel di Falco, délégué général de « Chrétiens-Médias », choqué par les attaques des humoristes à l'encontre de Dieu et de Jésus. Pierre Desproges répond par une lettre ouverte à Monseigneur Lustiger.

1983

Droit de réponse de Pierre Desproges, 1983

Le comique déclenche l’opprobre de plusieurs comités de téléspectateurs, dont celui dirigé par Louis Leprince-Ringuet : le « comité pour le respect des consciences ». Face à cette tempête médiatique, l’émission « Aujourd'hui la vie » organise un débat intitulé « Peut on rire de tout ? ». Mais le débat est pipé. Leprince-Ringuet pose comme condition à sa participation à l’émission l’absence de Pierre Desproges. C’est donc Jacques Martin, autre saltimbanque du PAF, qui prend la défense de son confrère et s’attaque vigoureusement à la pression de l’homme de sciences.

1983

Aujourd'hui la vie : Peut-on rire de tout ? , 26 mai 1983

La discussion s’envenime, l’humoriste attaque très violemment le physicien, allant jusqu'à le traiter de « partisan des chemises noires » et de rapprocher cette campagne anti humoristes à un appel à la délation.

A gauche, trop à gauche ?

Les opinions politiques trop marquées et les sujets trop politisés ne sont pas les bienvenus sur des antennes fortement contrôlées par le gouvernement de Droite des années 70. Marcel Bluwal raconte en 1999 comment après s’être encarté au parti Communiste, l’Ortf censure deux de ses œuvres « Les Misérables » d’abord…

1999

Télé notre histoire :Marcel Bluwal sur les Misérables et Rosa Luxemburg

… et « Rosa Luxemburg » ensuite.

Cette dramatique avait été réalisée à l'occasion du centenaire de sa naissance par Marcel Bluwal et Georges Hourdin. Il s’agissait d'évoquer la vie et l'œuvre de cette femme singulière qui fut l'une des principales figures des luttes révolutionnaires allemandes et, partant, du mouvement ouvrier tout entier.

L’émission est purement et simplement interdite de diffusion.

1973

Rosa Luxemburg, 1973

Rédaction Ina le 19/07/2013 à 15:34.
Dernière mise à jour le 11/04/2015 à 12:22.
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